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Dessous, c'est l'enfer (Roman)

Editions Fayard (20 août 2008)

« L'écriture occupe toute la vie et la ronge la bousille la détruit. »
Bernard Desportes

couverture Dessous, c'est l'enfer
Langue : Français
Éditeur : Fayard 20/08/2008
Format : 135 x 215
Format : Broché - 338 pages
ISBN/EAN : 9782213635170 / hachette : 3537628
Prix public TTC : 17,00 €

Dessous, c'est l'enfer : Présentation

Présentation de l'éditeur:

« Experte en contes cruels » selon Le Monde des livres, Claire Castillon ouvre la « boîte noire » des relations humaines selon Le Figaro littéraire. Très remarquée dès son premier roman - Le grenier, paru chez Anne Carrière en 2000 -, elle n’a cessé depuis d’élargir son public en France comme à l’étranger. Sa bibliographie compte désormais sept fictions traduites en douze langues.

Dans Dessous, c’est l’enfer, c’est de folie qu’il s’agit. Non pas la folie diagnostiquée, mais celle qui semble s’accommoder discrètement de la vie normale, tout en vous brûlant à petit feu.

Une femme écrivain observe son fiancé en silence. Elle tâche de le respecter. Sa sœur, sa mère et sa grand-mère le lui ont dit : l’amour qu’une femme doit à un homme commence avec le respect et finit avec la soumission. Mais le regard de l’écrivain est implacable. A ses yeux qui scrutent et épient, le fiancé n’a bientôt plus de corps, mais seulement des parties, des humeurs, des couleurs, des odeurs. Et comme elle dissèque mentalement sa carcasse, elle morcelle également son langage. Elle s’arrête sur ses balbutiements, s’attarde sur sa grammaire ou sa prononciation, son ridicule. Son esprit focalisé malgré lui sur tel détail rédhibitoire, elle ne voit plus l’homme. Alors elle le quitte. Pour un autre aperçu dans un café. Mais bien sûr elle emporte avec elle ce regard chirurgical qui la constitue, et auquel ce nouvel amant ne résistera guère mieux.

Ici chaque scène du présent renvoie à des souvenirs familiaux lourds, les mollesses du père se mêlent au grotesque du fiancé, les voix de femmes de trois générations se confondent, dans la transmission maladive de l’incapacité d’aimer. Dessous, c’est l’enfer est également une mise en abyme du style de Claire Castillon, de son obsession glaciale à tout noter, tout retenir, tout ausculter, quitte à tout détruire.

« C'est le roman de la maturité. Claire Castillon est passée du stade d'observatrice impartiale, lucide et corrosive des vicissitudes de la vie conjugale, du conflit des générations, du désir de maternité, du rapport parent-enfant, de la vieillesse... à celui d'entomologiste de notre modernité. C'est un détonnant mélange de candeur, d'intelligence et d'émotion. On a l'impression de lire un roman écrit à quatre mains par Miss Marple et Hannibal Lecter... » Jean-Marc Levent

Prix littéraire

Dessous, c'est l'enfer est sélectionné pour le Prix Renaudot 2008.

Revue de presse

France Info - Le livre du jour (audio)

Par Philippe Vallet - 20 sept 2008

(Durée du podcast : 2'28")

Podcast extrait du site France Info

L'express

Par François Busnel - 25/09/2008

Hors paire!

Claire Castillon est une obsédée. Obsédée par la noirceur. Obsédée par l'impossibilité d'aimer sans, très vite, gâcher ce qu'il y a de beau dans une passion par le triomphe de mille petites faiblesses. Obsédée par le désastre, aussi, lorsqu'il frappe comme une malédiction. Cela dit, qu'est-ce qu'un écrivain, sinon quelqu'un qui creuse ses obsessions? Claire Castillon prouve, avec ce roman dur et dérangeant, qu'elle est devenue un écrivain. Le lecteur, lui, n'a qu'à creuser!

Creusons, donc. Et descendons jusqu'aux sous-sols de la vie de couple, là où, comme l'indique le titre, c'est l'enfer. L'enfer que décrit Claire Castillon avec une précision d'entomologiste est celui d'un jeune ménage. Elle est romancière. Du genre de celles pour qui «chaque minute porte en elle la question de l'écriture». Au simple énoncé de ce postulat, n'importe quel homme normalement constitué doit prendre ses jambes à son cou... La demoiselle, autocentrée à un point incroyable, n'hésitera évidemment pas à utiliser le moindre geste de son compagnon pour nourrir un livre dont on devine qu'il sera l'une de ces autofictions barbantes et dénuées de toute distance. Lui, c'est «l'âne». C'est ainsi que l'héroïne appelle tous ses amants. Ce benêt sympathique se fera larguer au bénéfice d'un amant plus âgé mais plus cinglé.

Claire Castillon pourfend avec une belle hardiesse l'expérience de la vie à deux. A croire qu'à l'idée de couple elle préfère une notion plus clinique: la paire. On n'est jamais aimé que pour soi et on n'aime jamais l'autre seulement pour lui-même, semble répéter de livre en livre cette romancière au talent toujours plus aiguisé. Ici, le style est affûté comme une lame. De brillantes saillies viennent ainsi couper la brume étouffante où cette histoire enferme le lecteur. L'alternance entre le présent et le passé de la narratrice renforce encore la sensation d'enfermement. Au fil des pages, on descend plus bas dans l'humiliation, l'abjection, le dégoût du bonheur. On devrait être lassé. Curieusement, on est happé. C'est que, chez Claire Castillon, tout est question d'écriture. Avec elle, c'est bien, l'enfer.

Le point

Par Albert Sebag - 14/08/2008

Claire Castillon massacre le couple

Où l'auteur d' « Insecte » prétend que les hommes sont des ânes comme les autres...

Depuis son tout premier roman, « Le Grenier », en 2000, Claire Castillon n'a eu de cesse de détruire l'image policée de jolie jeune femme qui aurait pu la cantonner dans ce rôle de potiche des lettres, n'était son indéniable talent d'écrivain. Sept livres plus tard, rarement elle aura aussi bien dit combien elle refuse cette condamnation. Dans « Dessous, c'est l'enfer », elle démontre qu'elle a tout de suite compris qu'il n'est pas de bonne littérature sans mauvais sentiments. Et, sur ce registre, le lecteur en aura ici son content.

Bien sûr, il sera peut-être dérouté par la construction de ce récit qui mêle plusieurs histoires, et où les paragraphes s'enchevêtrent comme autant de destins. Mais lorsqu'elle raconte les heures grises du père, de la mère, de l'âne-c'est ainsi qu'elle nomme son compagnon-ou de l'homme à la pomme d'Adam-sorte de parangon fantasmatique du macho-, on est bluffé par la portraitiste et on comprend vite alors qu'on n'aura pas à faire à une de ces historiettes pépères qui endeuillent chaque rentrée.

Claire Castillon proclame dans ce roman la mort du couple. Rien que ça. Quand elle s'ingénie à décrire la misère et le naufrage du « troisième âge », elle est très proche de la violence des « Vieux », ce texte admirable de Brel. Face à « la pendule au plafond qui dit oui qui dit non », elle se refuse à accomplir à son tour l'existence de ses aïeux et à devenir une gentille « ânesse dévouée et soumise ». Beaucoup d'hommes vont être horripilés par la manière dont Castillon pointe leur triste condition. Elle se décrit même comme un « miroir trop brutal. Car l'homme ne se remet pas d'avoir vu ce qu'il est en toi ».

Dans un style d'une violence prodigieuse, elle prouve qu'elle ne s'est guère vantée, citant Bernard Desportes en épigraphe : « L'écriture occupe toute la vie et la ronge la bousille la détruit. » A un moment, elle décrit un club de vacances où « des chiens se soulagent devant la grille et, pour les éliminer, les gardiens font frire des éponges qu'ils leur lancent à manger. » A un autre moment, une salle de restaurant : « Ah ! les ventres à l'aise, les lèvres mauves, l'oeil liquide ; les langues des salopes aux ongles peints lapant des huîtres. » Allez, arrêtez de ne jurer que par Sagan, Yourcenar et Duras. Et puis oubliez un peu Nothomb et Angot. Elle s'appelle Castillon et elle n'a jamais été aussi Claire.

Le Nouvel Observateur

Par Camille Tenneson - 21 août 2008

Famille, je vous hais

Au fond, Claire Castillon fait dans la dentelle: ça a l'air romantique, mais de près c'est plein de trous. C'est le principe de son dernier roman, une observation désenchantée des rapports hommes- femmes, dans la famille comme dans le couple, à travers trois générations: les grands-parents (vieille internée, désarroi du vieux), leur fils et sa femme («des manipulateurs, l'un avec l'autre et séparément») et leurs enfants, dont la petite dernière, devenue grande et écrivain, est la narratrice.

Mais voilà, le titre l'annonce: «Dessous, c'est l'enfer». Parce que la narratrice, justement, observe les siens depuis son enfance, elle ne voit que les détails qui l'irritent, et les décrit comme on gratte, quitte à écorcher tout le monde. Petite, «elle se demandait où mettre sa douleur»; adulte, elle a trouvé où caser ses états d'âme et amertumes: dans l'écriture. Comme l'auteur, qui joue ici avec les maux d'amour. Et qui le fait bien. Avec une élégance réservée, pleine de poésie et de dérision, elle entrecroise les générations, emmêle enfantillages et caprices d'adultes, souvenirs et anecdotes. Parfois sordides d'ailleurs, quand les mots rances remplacent la romance, que le vieux urine sur la domestique, et que son conjoint porte des slips en soie malodorants.

Mais il lui faut en passer par là pour écorcher une tradition où les hommes sont faibles et les femmes humiliées: pour dire, comme Catherine Cusset, avec qui elle partage le goût de l'intime en littérature, sa «haine de la famille». En cinq romans, deux recueils de nouvelles et une pièce de théâtre, Claire Castillon s'était imposée à grands coups d'écrits impudiques, sinon exhibitionnistes?- de probables confessions. Son nouveau livre intrigue et enchante comme une boîte à secrets un peu malsains.

20minutes.fr

Par Oihana Gabriel

Un café sur la table, son chien à ses pieds, Claire Castillon, installée à la terrasse d'un bar, corrige quelques épreuves. « D'habitude, je travaille chez moi. Mais le mercredi après-midi, je suis obligée de quitter l'appartement car ma femme de ménage a peur des chiens ! »

Après un détour par la nouvelle, l'écrivain de 33 ans - déjà sept livres à succès - revient avec Dessous, c'est l'enfer*, un roman puissant et sombre. On y suit une romancière décrivant sans concession ses proches, désignés par leur grade familial ou par des noms d'animaux. « Je voulais à tout prix éviter le personnage d'écrivain, mais je n'ai pu faire autrement. Ce qui m'intéressait, c'était la fabrication de l'écriture. » Pour l'héroïne, les relations homme-femme ne peuvent passer par la case « amour heureux ». Une impossibilité héritée des femmes de la famille. Le rapport mère-fille revient d'ailleurs telle une obsession : « Je suis devenue écrivain en immense partie grâce ou à cause d'elle. » Sa mère l'inspire, son vécu aussi. « Ma vie et les histoires qu'on me raconte me nourrissent. Même si le "vrai" passe par la machine à romancer. » Elle a du mal à exister sans écrire, et ça ne risque pas de s'arranger... « Avant, quand j'allais mal, je me disais "tant pis". Maintenant, "tant mieux"! » Pour le plus grand bonheur de ses lecteurs.

Lire l'interview ci-contre

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Dessous, c'est l'enfer est le sixième roman de Claire Castillon. Retrouvez sur cette page une présentation, des interviews et une revue de presse et extraits.

Extraits

La malédiction frappe encore. La vieille a été touchée, puis la mère et la soeur. C'est à mon tour de me soumettre au mauvais sort, logique. Oui, c'est à moi, maintenant, d'être humiliée par l'esprit de l'homme, et s'il est bien gentil, et s'il me comprend, à moi de me plier à sa conversation ou d'attendre qu'elle cesse, réfugiée dans ma tête. Trente ans, je suis une femme de ma famille, cela signifie "paye".

La malédiction bourdonne, volette, dard aiguisé, pointe sèche, mais elle ne me piquera pas. Je le décide, maintenant. Je me sortirai de là. Un an que l'âne et moi nous sommes rencontrés, et du brouillard aux yeux - ou est-ce lucide et calme ? -, j'ai emprunté la route qu'il avait balisée, dîner, promenade, promesse, voyage aux antipodes. Mais, autour, les sentiers aux arbres noueux et forts, aux racines en pagaille, aux chimères invaincues, m'attendent. Je vais quitter la route.

fluctuat.net

Liens externes

Interview

Entretien avec Michel Field (vidéo)

(Durée : 5'57")

Ceci est une vidéo nommée video.flv. Votre navigateur ne semble pas disposer du plug-in Flash pour la lire.

La description proposée par l'auteur est : entretien de Michel Field avec Claire Castillon a propos de Dessous, c'est l'enfer

Vidéo extraite du site rentrée-littéraire 2008.

buzz-litteraire.com

par Laurence Biava pour buzz-litteraire.com (introduction d'Anne-Laure Bovéron) - juillet 2008

Dernier de nos entretiens express avec les auteurs à l'occasion du Salon du livre 2008 où l'on a réussi à cueillir une Claire Castillon très demandée par ses nombreux lecteurs et lectrices en dédicace ! Venue présenter notamment ses deux derniers recueils de nouvelles, "On n'empêche pas un petit cœur d'aimer" (2007) et "Insecte" (2006), sachez d'ores et déjà qu'elle publiera à la rentrée de septembre 2008 (en librairie le 20 août), un nouveau (et sixième) roman intitulé "Dessous, c'est l'enfer". A la lecture de ses premières pages, l'ambiance générale du récit s'avère lourde, pesante, baignée d'une folie ordinaire. La plume, elle, des plus acérée et pointilleuse. Si le style Castillon, corrosif, morcelé, épidermique, un brin obsessionnel, un rien dérangeant, était déjà plus qu'esquissé, il gagne ici en densité, en profondeur (voir résumé ci-dessous). Manque de temps oblige sur le stand de Fayard, les réponses se sont faites brèves. Impressions sur le vif autour de Régis Jauffret, son évolution littéraire et son travail d'écriture entre nouvelles et roman... :

En relisant vos ouvrages peuplées d'héroïnes dérangeantes à la noirceur cynique, on pourrait voir une certaine filiation avec celles de Régis Jauffret que vous appréciez (et à qui vous avez accordé un entretien sur son site Generation.tv) ? Claire Castillon : La première fois que j'ai vu Régis Jauffret, il s 'est réellement installé dans ma tête. Ce que je trouve admirable, c'est la façon dont il parle des femmes. Et c’est précisément ce qui m’intéresse : comment il parvient avec autant de talent à parler aussi bien des femmes. Il y a une tendresse dans ces personnages qui rendent la chose possible et vivable. Oui, je suis d'accord avec les termes de noirceur et de cynisme que vous employez. Le parallèle est exact.

Dans cet esprit, pouvez vous nous expliquer votre participation à l'émission télé de Régis Jauffret ?

Oui, bien sûr. J'ai pris un plaisir fou à prendre part à cette interview, avec lui si particulier. Mais c'était très intéressant.

On note une évolution considérable de votre écriture depuis votre premier roman, vers quoi êtes-vous de plus en plus tentée d'aller ?

Après ces nouvelles, je pense m'orienter à nouveau vers le roman. C'est plus long et plus intense mais j'éprouve le besoin de travailler sur des thèmes qui se resserrent.

Ma préférence de lectrice va à "Insecte" dont certains ont dit que c'était l'opus de la confirmation. Vous semblez avoir définitivement trouvé vos marques. J’aime beaucoup votre style, comme si vous enrouliez les mots. Insecte, ce sont des nouvelles. Entre le roman et les nouvelles, que préférez vous ?

Avec le roman, j'essaie de "descendre" très loin et je recherche les moments où je pourrai « mettre » de la respiration entre les thèmes Avec les nouvelles, il y a quelque chose de plus saccadé mais d'infiniment plus reposant. Si vous voulez, entre ces deux choses, je sens la nécessité de laisser partir l'imaginaire en veillant à ne pas basculer dans l'irréel. Ce qui m'importe, c'est de me tenir au plus près de moi- même avec ces deux tendances mêlées, ce que peut expliquer aussi, l'alternance nouvelles-roman.

Pouvez-vous relire vos romans en toute sérénité, quelques mois après, quelques années après leur parution ?

J'ai tendance à jeter assez facilement les premiers livres, à ne pas m'attarder dessus. Mais en fait, ça dépend du livre. Je peux en relire un pour peaufiner. Voyez, sur le conseil de mon éditrice, j'avais relu "On n'empêche pas un petit coeur d'aimer" et "Insecte" pour de nécessaires corrections et en fait, ça m'a fait tout bizarre. Cela peut même être comique de se relire !

Quel est votre rapport à Internet ? L'utilisez vous ?

Mon rapport à Internet est juste pratique. Je l'utilise uniquement parce qu'il me permet de réaliser rapidement tout ce que je n'aime pas faire, sur un autre tempo.

20minutes.fr

Par Oihana Gabriel

C'est son septième roman. Claire Castillon revient avec «Dessous, c’est l’enfer», une histoire dense et dure. Après un détour par les nouvelles, l’écrivain raconte l’impossibilité d’aimer et le poids de son héritage familial. Interview.

Comment êtes-vous arrivée à la littérature?

Pour l’écriture, il y a eu une date précise: le jour de l’enterrement de mon grand-père. J’avais 12 ans et j’ai ressenti la nécessité d’écrire quelque chose sur sa présence dans l’absence pour ne pas le perdre. Ça m’apportait un réconfort. J’ai découvert que l’écriture risquait de devenir un remède au vide.

Qu’est-ce qui vous pousse à écrire?

Ma vie doit passer par un livre sinon je ne sais pas la vivre. Je ne sais pas où mettre toutes les infos sinon dans un livre.

Où écrivez-vous?

J’écris beaucoup à la campagne, où je peine moins qu’à Paris. Et je reste chez moi la plupart du temps. Pour ce roman, l’écriture a été très saccadée contrairement aux autres livres. J’ai commencé début janvier 2007, puis il y a eu une période d’interruption, j’étais bloquée. C’est difficile de se remettre dans le même état pour continuer, j’avais l’impression de ne plus écrire de la même façon.

Est-ce que ce roman marque pour vous une étape dans votre carrière?

Mon idée à chaque livre, c’est de ne pas faire la même chose. Je veux aller chercher plus loin. Je dis toujours à mon éditrice: «surtout, je veux en chier!» Autant à l’école, je trichais tant que je pouvais, autant là, je ne veux pas céder à la facilité.

Dans ce livre, aucun personnage n’a droit à un prénom mais ils sont désignés par leur place dans la famille. Est-ce que, pour vous, c’est ce qui nous détermine en priorité?

Non, au contraire. Mais je ne sais pas nommer mes personnages, sauf quand ils sont secondaires. Au début, j’essayais de les baptiser. Mais je suis tellement dedans que je n’arrive pas à me donner un autre prénom. J’aime la froideur que transmet cette absence de prénom mais ce n’était pas pour dire que l’on appartient à un grade dans la famille.

Le rapport à la mère, la filiation, la transmission de l’incapacité à aimer est au cœur de ce roman: pourquoi cet intérêt pour le rapport mère-fille?

Ma mère m’inspire. Je suis devenue écrivain en immense partie grâce ou à cause d’elle. Il y a une telle folie dans ce rapport, même quand il est serein - ce qui est mon cas - que je ne peux cesser de m’y intéresser. Il n'y pas que ma mère qui m'inspire. Par exemple, une amie m’a appelée en me disant: «ça va te plaire, mon nouveau copain m’a dit qu’il voulait qu’on s’achète des méduses, les chaussures!» J’ai demandé la permission de raconter cette anecdote et je lui ai piqué.

Dans ce roman, vous donnez une image très dure des relations hommes-femmes. Etes-vous plutôt pessimiste?

Je suis pessimiste mais extrêmement gaie! Les optimistes à tous crins me semblent débiles. J’ai une vision assez noire des choses mais je profite de la vie. Dans les relations amoureuses, je n’ai pas de cynisme, je donne tout avec le même élan. Je suis même optimiste en amour mais monstrueusement déçue... Je donne la même authenticité en amour que dans l’écriture.

Quand on s’inspire de sa vie pour écrire, comment fait-on pour prendre de la distance pendant l’écriture ?

La distance se fait automatiquement. Le vrai passe par la machine à romancer. Et puis la lumière par l’écriture est faite sur une partie seulement des choses et des personnes.

Est-ce que l’écriture vous empêche de vivre?

Je ne sais pas, peut-être que je ne vis pas mais dans ce cas-là, je ne vais pas naître demain… Ça s’empire: avant, quand ça n’allait pas, je disais tant pis, maintenant, je dis tant mieux!

Avez-vous l’impression de faire partie du milieu littéraire?

J’en fais partie, mais j’ai horreur de tout milieu quel qu’il soit. Le regard que l’on pose sur moi est archi-faux. Je fuis les salons. J’ai presque été écrivain pour éviter les colonies et les séminaires! Je pourrais vivre toute seule tout le temps.

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