Insecte

Présentation de l'éditeur:
Insecte évoque les rapports entre les mères et les filles. Dix-neuf nouvelles qui sont l’expression libre de sentiments intenses, de pensées fulgurantes, irréelles quelquefois, qui s’installent pourtant sans relâche dans la tête des mères et des filles. Dans ces nouvelles, les pensées fugitives deviennent des récurrences, des poids, des raisons de vivre. La mère est un insecte et la fille son insecte. Vice-versa. Mante religieuse, lézard ou coccinelle, les femmes étudiées à la loupe ont sans doute des vies à facette.

Revue de presse - Insecte

Lire.fr

Delphine Peras
[février 2006]

Mère: je vous hais!

Troublante, tourmentée, d'une perversité mâtinée d'apparente innocence... Du Grenier à Vous parler d'elle, en passant par Pourquoi tu m'aimes pas?, la production romanesque de Claire Castillon, 30 ans, ne laissait pas indifférent. Mais c'est avec son sixième livre, Insecte, un recueil de nouvelles fascinant, que ce talent singulier trouve son point d'orgue: rarement on n'avait abordé les rapports mère-fille avec autant de cruauté, de ressentiment, d'acuité aussi. Mère indifférente, abusive, castratrice (Ma meilleure amie) voire carrément criminelle (Münchhausen par procuration); parturiente délirante (Un bébé rose), fille indigne (Un anorak et des bottes fourrées) et même bourreau (Se battre) ... Une vingtaine de textes aussi féroces qu'atroces, d'une barbarie habilement policée, à lire en prenant son temps pour ne pas défaillir tout de suite.

Le Figaro

Avec elle, les mères sont agitées, abusives ou démontées. Et même si elles ont des reflets d'argent, c'est lié à l'avidité, à la cupidité.

François Cérésa
[05 janvier 2006]

Claire Castillon, qui dédie ces dix-neuf nouvelles à sa génitrice, s'amuse à étudier les relations fille-mère à travers les prismes kaléidoscopiques d'univers tantôt chers à tata Dolto, tantôt à tonton Lacan. Comme le mot insecte, c'est le titre du recueil, n'est pas loin d'inceste, du moins phonétiquement, on s'attend à tout. Et tout arrive.

Dans le genre à toi, à moi, entre les piqûres de la vilaine guêpe à gros dard et les ruminations d'une petite blatte à la rancune de cancrelat, on se régale avec J'avais dit une, Tu seras une femme, ma fille ou Un bébé rose. Le monde de Claire Castillon est kafkaïen. Pour un peu, on se prendrait pour une mouche. Une petite fille est balancée sur le périphérique, une mère impose son cancer à sa fille qui n'en veut pas, une autre mère tente de se suicider aux suppositoires. On sent que l'auteur s'agite. Un vrai boisseau de puces. L'excès est sa mesure. Ses face-à-face tournent sans cesse aux sarcasmes, sinon aux règlements de comptes. Sous Prozac ou Lexomil, on ne se ménage pas. Au fond, c'est comme si Folcoche se faisait remonter les bretelles par une Clochette qui aurait lu Buzzati. L'absurde côtoie la cruauté, les tête-à-tête se terminent souvent en tête-à-queue. On aimerait rire : on n'y parvient pas toujours.

Il y a énormément de désespoir dans ce qu'écrit cette jolie fille qui voit tout en noir. Comme partout autour de nous, on s'embrasse pour mieux se poignarder. Dans un monde qui n'a rien d'«über», pour reprendre un mot à la mode et complètement creux, Claire Castillon se fait les ongles au curare et les yeux au vitriol. Au fond, elle est «unter». L'abeille butine et fait son miel de ces travers qui empoisonnent l'enfance et la famille. Dans On peut y remédier, elle écrit : «Ma mère me dope, elle a les moyens de m'endormir le soir, de m'éveiller le matin, d'obtenir de moi attention ou sommeil, détente, aplomb ou combativité» ; dans Se battre : «J'ai l'impression que beaucoup de mères ont un problème avec l'autorité» ; dans Rupture : «Comme je trouve ma mère ennuyeuse, ça la rend agressive.»

Claire Castillon a la double caractéristique du biscuit à la cuillère : elle est à la fois molle et croquante. Bref, elle n'y va pas avec le dos de la louche. Avec elle, les mères sont agitées, abusives ou démontées. On ne les voit jamais danser le long des golfes clairs. Et même si elles ont des reflets d'argent, c'est lié à l'avidité, à la cupidité.

On se demande parfois si Claire Castillon n'est pas un peu timbrée. C'est un mélange de Marie Trintignant dans Betty et d'Emmanuelle Seigner dans Lunes de fiel. Mine de rien, la romancière tisse sa toile. L'année dernière, on n'avait pas aimé Vous parler d'elle. Là, on ne peut que céder au charme vénéneux d'Insecte. Nous avons tous une araignée qui danse au plafond. Celle de Claire Castillon est affreusement gracieuse. Tout simplement arachnéenne.

Evene

Hélène Zemmour

Après cinq romans, Claire Castillon saute à pieds joints dans la nouvelle, un genre qui lui colle à la peau. Avec son écriture saillante et ses phrases au scalpel, qui sonnent toujours vrai, l’écrivain est au plus près de sa densité et de son talent. Un style qui préfère le direct, et qui ne fait pas de détour. La phrase tape dans le mille, et résonne à l’intérieur d’un cerveau où elle prend racine. Avec ce recueil de témoignages fictifs de filles et de mères qui se mettent à nu et évoquent leur amour ou leur désamour, la romancière frappe juste. En matière de complexité relationnelle où haine et passion s’entremêlent, elle fait figure d’experte. Les personnages à moitié fêlés et complètement attachants se livrent en toute confiance sans qu’on les juge. Mais comment donc Claire Castillon a pu trouver toute cette violence, si juste à la fois ? Chaque histoire construit un univers, comme un scénario de film, un court métrage avec une chute qui tord le ventre : le livre se lit d’un trait, impossible de faire autrement. Sa fille est sa meilleure amie, sa mère lui fait honte, sa mère a un cancer et elle l’énerve... Des cas d’école violents où l’on tend à se reconnaître, en secret. De l’extrait d’humanité, juste à la frontière, là où elle est la plus fascinante.

L'express

Les relations mère-fille, croquées en une série d'histoires féroces: Claire Castillon fait mouche

Olivier Le Naire
[12 janvier 2006]

Pas si folle, la guêpe! Son recueil de nouvelles - intitulé Insecte - a beau mettre en scène des personnages tous plus dingues les uns que les autres, Claire Castillon, elle, n'a jamais vraiment perdu le nord. A 30 ans et en cinq livres inégaux, cette romancière à la mine d'ange et à la prose de démon a su comme personne tirer sur la ficelle médiatique pour sortir de l'anonymat. Longtemps maîtresse d'un célèbre présentateur de télévision, puis prêtresse d'un programme érotique sur le câble, cette habituée des rubriques people aurait presque fini par nous faire oublier que derrière ses postures il y avait une fêlure. Et de l'honnête littérature, ainsi que le confirme ce recueil d'une vingtaine de textes courts, comme autant de contes cruels dédiés aux relations mère-fille.

Déjà, dans Pourquoi tu ne m'aimes pas? ou Vous parler d'elle, l'auteur passait en revue les horreurs domestiques, ces inextricables relations familiales tissées à la manière de toiles d'araignée, de pièges à sentiments et ressentiments. Mais, là, Castillon se déchaîne. Et sa galerie de portraits, semblant tout droit sortie d'une rubrique de faits divers, fait mouche. Une mère tente de devenir la meilleure amie de sa fille, une autre gave la sienne de médicaments, une autre encore cherche à la transformer en semi-putain, tandis qu'une dernière veut se débarrasser d'une de ses jumelles sur le périphérique. Et les filles ne valent guère mieux: quand elles n'insultent pas leur mère ou ne l'humilient pas, elles en ont honte, allant elles aussi, parfois, jusqu'à tuer.

Le lecteur devrait être accablé face à tant d'ignominies ou bien hurler à la caricature. Or le contraire se produit. Ecrivant serré et visant juste, Castillon n'hésite pas à user du registre loufoque (un combat de catch féminin dans un océan de choucroute, un suicide par suppositoire!) pour illustrer, dans toute leur complexité et leur trivialité, ces déviations de l'amour toujours taboues. Un univers et un ton qui rappellent - sans les égaler - ceux de Régis Jauffret, prix Femina 2005 pour l'excellent Asiles de fous.
Reste maintenant à savoir ce que pense de tout cela la mère de Claire Castillon, à qui est dédicacé le livre. Encore un cadeau empoisonné?

Metro

Les relations mère-fille poussées à l'extrême
Claire Castillon est charmante, et son visage angélique ne laisse en rien présager la dureté de son écriture, voire la violence de ses propos, comme en témoigne son nouvel ouvrage, Insecte . De l'humour noir à l'état brut.

Aurélie Sarrot
[12 janvier 2006]

Alors qu'elle n'a pas encore soufflé ses trente bougies, Claire Castillon signe déjà son sixième ouvrage. Recueil de dix-neuf nouvelles sur les rapports mère-fille, Insecte fait souvent froid dans le dos. Il faut dire que l'auteur n'y va pas avec des pincettes, n'hésitant pas à pousser à l'extrême des situations qui peuvent avoir pour origine une réalité certaine.

Le lecteur découvre ce recueil avec une première nouvelle intitulée "J'avais dit une", mais il est loin d'imaginer ce que ce court récit lui réserve. Car il ne s'agit pas là de coupes de champagne ou de cigarettes. Il est question d'une enfant. Dépourvue d'un désir quelconque de maternité, cette femme va finir par céder à la demande de son mari à la condition d'en n'avoir "qu'une". Ironie du sort, elle tombera enceinte de jumelles dont elle ne veut pas, elle pense à en "supprimer une" mais garde finalement les deux et, finit par jeter l'une d'elles sur le périphérique. "J'avoue ne pas être contente de mon geste car j'ai jeté la plus sage", confiera la maman.

Les dix-huit nouvelles sont de la même veine. Inceste supposé, cancer mal géré, suicide au suppositoire, refus de l'âge, adultère, dopage... Rien n'échappe à Claire Castillon.

Affrontements permanents
Parce que les relations mère-fille ne sont jamais simples, parce que le conflit arrive toujours un jour ou l'autre, il y a une part de réel indéniable dans cet ouvrage. Même si les situations restent improbables, elles ont toujours une once de vérité. C'est sans doute pour cette raison qu' Insecte dérange profondément. On aurait parfois envie de rire, mais il est finalement difficile d'y parvenir car l'humour noir et cinglant est omniprésent. Claire Castillon frappe fort, avec une écriture sans retenue. Il fallait oser, elle l'a fait. Et si les fins ne sont pas heureuses, il n'en reste pas moins que ce recueil troublant est captivant. Aurélie Sarrot

parutions.com

Tuer la mère, tuer la fille

Bruno Portesi
[3 mai 2006]

Le nouveau Castillon est arrivé ! Et cette fois, sous la forme de quelques nouvelles, c'est aux rapports mère-fille que l'auteur dédie sa belle prose, ce style sucré cachant quelque amertume...

On aime pour la plume justement, sautillante et l'air de rien, gamine mais lestée de graves considérations. Car ici, lesdits rapports n'ont rien de fusionnel ni de tendre, passant plutôt par une réciproque méfiance, une hostilité manifeste, des rapports sauvages donnant toute sa légitimité au titre retenu. C'est d'araignées et de mantes religieuses dont nous parle Claire Castillon.

Preuve que nous avons là un écrivain pur sucre : son style lui ressemble. Angevin, lisse et doucereux d'apparence, mais masquant quelques tumultueuses névroses, des tempêtes lovées dans deux yeux couleur caramel mou. Evidemment, le coté short stories lasse parfois un peu, créant la répétition, faisant adorer quelques nouvelles pour en délaisser d'autres. Est-ce pour cela qu'on préfère les premières, parce que ce sont celles dont on se souvient le mieux, parce que l'effet de surprise, ici, joue, quand, plus tard, il s'érode... J'avais dit une, sous la forme du «Il était une fois», évoque une femme sans aucun instinct maternel, prête, certes, à avoir un enfant pour garder son homme... «Réflexe de survie ou pas, j’ai eu peur qu’il aille en faire ailleurs, alors j’ai accepté de devenir mère, mais j’ai négocié. J’ai prévenu que je n’en aurai qu’une.» Mais quand la grossesse conduit à des jumelles... que faire ! L'histoire suivante traite de l'inceste et des états d'âme d'une mère désemparée, impuissante, devant les agissements criminels de son mari envers sa fille. Si elle savait!

Mais l'ensemble fonctionne bien, peut-être pour l'acidité sous-jacente à ces jolis mots primesautiers. Peut-être aussi parce que Claire Castillon est un sacré personnage.

Cyberpresse.ca

Claire Castillon, la belle bête

Sonia Sarfati
[24 avril 2006]

D'un côté, la chair et le sang. La jeune femme qui marche au milieu de l'avenue Marceau, à Paris, se faisant frôler par les voitures, se disant que l'amoureux laissé derrière la suit, qu'il va le regretter quand une automobile va la renverser, et que ce sera tant mieux pour lui... et tant pis pour elle. Sauf que personne ne la suit. L'amoureux est parti de son côté.

De l'autre côté, l'encre et le papier. La mère de jumelles qui n'en peut plus. Qui les installe près d'elle dans la berline et qui, une fois sur le périphérique, ouvre la portière et en balance une à l'extérieur. Des regrets? Un. Celui d'avoir éjecté la plus sage.

La jeune femme, c'est Claire Castillon. Trente ans. Silhouette fine. Peau d'opale qui contraste avec le lustre sombre des cheveux et le brun profond du regard. Du style. De la réserve, aussi. Pour ce qu'elle est, l'écrivaine ne passe pas inaperçue. Pour ce qu'elle écrit non plus. Car la mère des jumelles, c'est le personnage central de J'avais dit une, la nouvelle qui ouvre le recueil Insecte (Fayard). Le sixième livre de Claire Castillon qui, à la manière d'une entomologiste, se penche sur les relations mère-fille.

«J'avais envie d'écrire un livre pas sur ma mère, mais pour ma mère. Je l'ai écrit l'année dernière et... il ne m'a pas plu, raconte la romancière rencontrée lors de son passage au Salon international du livre de Québec. En l'écrivant, j'étais remplie d'émotion. En le relisant, j'ai été glacée. Je ne parvenais pas à rentrer dedans.»

Comme si elle restait à l'extérieur de ses mots. Peut-être parce qu'elle ne vivait pas le déchirement de son héroïne, qui marche vers sa mère mourante.

La mère de Claire Castillon, elle, est bien vivante. C'est d'ailleurs pour cela que la jeune femme tenait à lui écrire quelque chose. Qu'au moins elle puisse le lire!

«Tant d'écrivains dédicacent des livres à leurs parents une fois qu'ils sont morts!» Elle, ne comprend pas. Elle a donc écrit Insecte. Sur la page de garde, trois mots: À ma mère. Sa mère l'a lu et commenté avec ce que Claire Castillon appelle «un terme de maman»: «C'est mieux.» En conclure qu'elle l'a préféré aux autres. Au premier, surtout, Le Grenier, très cru, que Claire Castillon elle-même dit ne pas aimer. Il y a des livres que l'on regrette, exactement comme certains gestes.

À cause d'un de ces gestes-là, «pas super classe», elle a été mise en garde à vue pendant 24 heures. Un journaliste avait tenu des propos assassins à son sujet et à celui de son amoureux de l'époque, le présentateur de nouvelles Patrick Poivre D'Arvor, au moment de la sortie de La Reine Claude.

«Il s'en prenait à nous personnellement, pas au roman.» Claire Castillon a jugé que s'il désirait continuer à agir ainsi, il devait faire attention à ses... bijoux de famille. Elle en a donc joint une paire à la mise en garde qu'elle lui a envoyée.

Elle raconte l'épisode doucement, avec son air angélique. Mais buté. C'était en 2002. Deux ans plus tard, elle allait encore faire parler d'elle pour autre chose que pour ses mots: elle a animé En attendant minuit, une émission érotique «très osée, très crade.» Mais son travail, explique-t-elle, se limitait à présenter des reportages... pas encore tournés. En tout, cinq jours de travail pour une année de liberté financière. Elle n'a pas hésité. Parce que ce qu'elle veut, c'est vivre de son écriture. «Ce n'est pas le résultat qui m'importe mais le moment de l'écriture, l'enfermement, la macération. Cet élan que je ne sais pas définir mais qui est devant. Une envie comme... une envie de manger.» Une fringale d'écriture, quoi!

Grâce à la télévision, puis au succès d'Insecte, elle peut maintenant s'en donner à coeur joie. Sans trahir son écriture, comme elle dit en se rappelant de ses expériences de «psy-fictions» dans un magazine. «On me remplaçait le mot cassoulet par des noms de plats snobs parce que, me disait-on, les jeunes filles d'aujourd'hui ne mangent pas de cassoulet. Ça m'a énervée.» Or, il vaut mieux ne pas énerver Claire Castillon. «Quand je commence à déraper, une de mes amies me dit: «Fais pas ta Phèdre».»

C'est dans cet état qu'elle était le fameux jour de son passage risqué sur l'avenue Marceau. «J'ai parfois de ces élans irraisonnés et, en même temps, très pensés. Sauf que je trouve pénibles les gens qui imposent leur violence aux autres. Moi, je suis contente de l'avoir pour moi, en moi.»

C'est là qu'elle se rend pour créer les mères et les filles qu'elle décline dans Insecte où «je suis juste moi dans ce que j'ai de plus juste». Et c'est avec une cruauté lucide qu'elle présente, en les poussant à l'extrême, ces histoires où défilent des mères qui gavent leurs filles de médicaments ou qui ferment les yeux sur un possible inceste ou qui se croient la meilleure amie de leurs adolescentes, etc.

Cet air-là, elle le joue actuellement dans une autre tonalité puisqu'elle est à l'écriture d'un deuxième recueil, portant sur les relations homme-femme. Il s'intitule Infect. La sortie en est prévue pour l'automne 2007. Elle se penche donc régulièrement sur le «berceau» - c'est ainsi qu'elle décrit le travail en cours, pour lequel elle est aux petits soins, dont elle s'éloigne un peu mais jamais trop pour mieux y revenir, voir s'il va bien, lui rajouter un mot ou deux...

Une manière très maternelle de parler de sa relation à l'écriture. Y aurait-il une fibre de maman chez cette belle dans laquelle veille une bête? «J'ai très envie d'avoir un petit garçon, fait-elle. C'est vrai que j'aurais un peu peur d'avoir une fille.» On n'a même pas envie de lui demander pourquoi.

Voir.ca - Nid de guêpes

Benoit Jutras
6 avril 2006

Claire Castillon, petit ange sombre des lettres françaises, nous lance son Insecte, recueil de nouvelles éclaboussant de vitriol les rapports mère-fille.

D'abord connue à Paris comme la maîtresse du bonze télé Patrick Poivre D'Arvor et animatrice d'En attendant minuit, une émission érotique sur TPS Star, Claire Castillon patauge encore dans la sphère publique, mais ce, comme romancière. Trente ans, minois d'ingénue, cinq romans très médiatisés à son actif, elle récidive cette année avec Insecte, une première somme de nouvelles, dix-neuf au total, lancées comme des fléchettes empoisonnées sur la montgolfière du couple mère-fille. Faisant son miel de ce qui pique sans vergogne, s'essuyant les talons sur le politiquement correct, elle livre une galerie de portraits et d'univers clos qui poussent la cruauté, la férocité et la défaillance intime au-delà du possible.

C'est par J'avais dit une qu'on pénètre dans ce musée des horreurs. À son corps défendant, une femme se plie à la demande de son mari qui désire un enfant. À une seule condition, cependant: que ce soit une fille, rien d'autre. Une fois enceinte, les tests indiquent que ce sont des jumelles. Solution? Un matin où elle les reconduit à la petite école, les deux gamines sont assises à la place du passager: "J'ai ouvert la portière, et j'ai jeté celle du dessus sur le périphérique. Et j'avoue ne pas être très contente de mon geste parce que j'ai jeté la plus sage. Il faut me comprendre, j'avais prévenu mon mari, je n'ai pris personne en traître, j'avais dit oui, d'accord, mais j'avais dit une." Et ça ne fait que commencer. Dans L'insecte, nouvelle-titre, c'est le spectre de l'inceste qui rôde entre le père et la fille. Et la mère d'en conclure que, à bien y penser, tout est de sa faute: "Quel besoin ai-je eu, perverse, d'aller parler de ses petits seins naissants à un homme qui vit sous le même toit. Je suis folle ou quoi?" Tranquillement la machine Castillon se réchauffe, la bête se réveille. Dans Un anorak et des bottes fourrées, la parole revient à une fille excédée par sa mère en phase terminale: "Elle m'énerve avec son cancer, elle n'a pas idée. [...] Elle m'attrape le bras, ça m'exaspère, j'ai l'impression de promener ma grand-mère. Je vais lui acheter une laisse, avec un harnais, lui trouver une bonne raison de suffoquer."

Sentier de mines antipersonnelles et de vertiges salauds, Insecte nous fait circuler dans un territoire d'absurdité kafkaïenne, de règlements de compte et d'excès pervers. Les mères ici redeviennent des ados, gavent leurs filles de médicaments, les transforment en putes soft, ou tentent de se suicider aux suppositoires (!), tandis que les filles, elles, n'en finissent plus d'humilier, de vilipender leurs génitrices, allant même jusqu'à flirter avec l'idée du meurtre.

Si l'humour est là, il est plus que noir, il est brutalement ténébreux. On voudrait rire devant toutes ces scènes où le burlesque croise le fer avec l'ignoble, on n'y parvient pas toujours. Les phrases sont simples, sans détour, la prose serrée comme un poing, et l'ouvrage traversé d'un désespoir cul-de-sac. À noter, la dédicace de l'auteure: "À ma mère".

Insecte

Insecte (Ed. Fayard)

Insecte de claire castillon

Nouvelles
ISBN : 2213625069
Prix : 13.30 €
Sortie 11 janvier 2006

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Extrait

Elle est belle, au-dessus de mon berceau, devant l'école, dans la voiture garée au coin, et puis maintenant, vingt ans plus tard, dans le café où elle m'attend pour boire un thé, vert, c'est à la mode, il paraît que ça peut faire maigrir, alors elle essaye, des fois qu'elle perde un os ou deux.

Je marche vers elle, il va bien se produire un drame sur la route, m'arriver quelque chose, ou au moins une idée, depuis le temps que je la cherche, cette idée, pour la sauver et me perdre. Je marche et, quand j'arriverai, elle aura des ampoules, c'est ainsi qu'on fonctionne. Quand j'ai mal au ventre, on retire son colon ; quand j'ai mal à la tête, on lui trouve une bille cachée derrière un oeil. Si j'ai mal quelque part, aussitôt ma mère meurt. Si j'ai peur, elle appelle ; si j'ai soif, elle transpire ; on n'a pas vu donner autant et sans retour. Si je prends, elle donne. Si je marche, elle accourt. Si je pars, elle revient. Tiens, j'essaye. Ce serait bien.

Ces extraits sont issus du site evene.fr.

Insecte de claire castillon - clairecastillon.com

Interviews

Une interview parue sur Le Figaro Littéraire le 23 février 2006

Du Grenier à Vous parler d'elle, en passant par Pourquoi tu m'aimes pas ?, la romancière ne laisse pas indifférent. Cette fois, dans Insecte (Fayard), elle va plus loin. L'écrivain bouscule et développe avec brio, à travers une vingtaine de nouvelles, un style plus mordant et plus dense pour «scalpéliser» les relations mère-fille. Si rarement on avait abordé ce thème avec autant de cruauté, force est de constater que, comme nous l'écrivions déjà dans Le Figaro Littéraire du 5 janvier dernier, «on ne peut que céder au charme vénéneux d'Insecte».

Le Figaro Littéraire. - Si vous étiez un insecte, vous seriez ?
Claire Castillon.- Je serais le capnode, pieux coléoptère, ennemi du pêcher
A quelle question prendriez-vous la mouche ?
Vous loupez toujours le coche ?
La dernière fois que vous étiez excitée comme une puce ?
En voyant un chien.
Qu'y a-t-il, en vous, de laid comme un pou ?
Parfois, je suis lente.
Vous êtes plutôt cigale ou fourmi ?
Fourmi quand je chante, cigale quand j'économise.
Araignée du matin, chagrin. Lequel ?
Je souffre du dos, il va falloir changer la toile à matelas.
Araignée du soir, espoir. Lequel ?
Que mon araignée au plafond file toujours.
Quel écrivain vous donne le cafard ?
Sade.
Dans quel domaine aimez-vous papillonner ?
Sous l'élytre d'une lucane cerf-volant plutôt que dans le carnet d'un contractuel.
Finissez cette phrase :" Notre entretien est un éphémère mais... "
La larve de l'éphémère survivra longtemps.
Vous êtes un moustique. Qui piquez-vous et où ?
Une moustique, dans un phare. Le grand jeu.
Message personnel.
Vous cherchez la petite bête.

Les propos ont été recueillis par Frédéric Picard