Dans son dernier recueil de nouvelles, “Insecte”, Claire Castillon passe à la moulinette le rapport mère-fille. Avec Dominique Rolin, autre charmant monstre de la littérature, elle partage sa vision de la maternité, de l’amour, de l’écriture... un tête-à-tête sans tabous, cruellement jubilatoire. (21 février 2006).
Dominique Rolin. – Vous vous trouvez jolie ?
Claire Castillon. – Parfois je m’aime bien, mais je me dis toujours que l’on ne se voit pas de la même façon que les autres. Et puis, il m’est arrivé d’avoir peur de ne pas me reconnaître dans la glace... Mon physique ne reflète pas mon état intérieur et au fond, j’ai plus peur de l’image que je renvoie. Trop lisse, quand je me sens chaotique, ou le contraire.
D. R. – J’ai toujours eu horreur de mon physique.
“ Madame Figaro ”. – On dit pourtant que vous êtes de très jolies femmes, des séductrices...
D. R. – On vous a déjà reproché d’être une sorcière ?
C. C. – Oui. Pas vous ? (Rires.)
D. R. – Je ne vous ressens pas du tout comme diabolique... Et vous êtes ravissante ! On a dû vous le dire, quand même. Vous êtes métallique, mais en fusion.
C. C. – ... Les hommes me trouvent souvent froide, détachée. Et les femmes sont parfois hostiles. Alors, qu’une femme comme vous me fasse un tel compliment !
– Vous avez des points en commun... Et d’abord, l’intensité des liens noués avec la mère, dont vous faites, l’une comme l’autre, un thème littéraire central.
D. R. – Vous l’aimez ?
C. C. – Oui. J’ai si peur de la perdre que j’ai l’impression qu’en sabotant son image pendant qu’elle est encore là, cela va peut-être m’aider, quand je la perdrai, à avoir moins mal.
D. R. – Moi, j’ai tué maman. Elle est morte très âgée, mais j’ai senti qu’en écrivant ce que j’écrivais sur elle, je la tuais. Ma mère était adorable, mais “ having ” (rapace). Elle aurait voulu que je suive ses principes puritains. Quand les garçons ont commencé à tourner autour de moi, elle était tellement habile qu’elle réussissait à les évincer. “ Je tuerai ça dans l’œuf ”, me répétait-elle.
C. C. – Vous, vous l’avez tuée, et moi j’ai l’impression de vouloir le faire en écrivant ce que j’écris, et que, pour le coup, elle résiste ! Elle est contente que je lui ai dédié ce livre, et tout ce qui est dit d’un peu... sauvage sur les mères ne la dérange pas. Souvent, on lui dit : “ Votre fille est très noire, d’où cela vient-il ? ” Et elle répond : “ C’est drôle, elle a de l’imagination. ” Elle a cette faculté d’aveuglement.
D. R. – Donc, elle n’a pas souffert...
C. C. – Pas du tout. Jamais, d’aucun livre. Quand je pars en voyage, je lui manque. Elle me dit : “ Dépêche-toi de rentrer, cela fait trois semaines que je ne me suis pas fait engueuler ! ” Et je lui dis tout.
D. R. – Vous lui parlez de votre vie ?
C. C. – Oui.
D. R. – Ah ! C’est étonnant.
C. C. – Si j’ai un problème amoureux – parce que, à part ça et les livres, rien ne m’intéresse –, je lui en parle plus pour me vider que pour trouver une solution. Avec trois ou quatre amis très proches, j’en parle et je vais sûrement avancer, mais tant que je ne l’aurai pas dit à ma mère, je ne réussirai pas à l’évacuer.
D. R. – Ah... voilà !
C. C. – C’est comme si je lui collais le problème. Et surtout après, il ne faut pas qu’elle m’en parle, parce que sa solution ne peut pas être la bonne.
D. R. – Vous êtes très différente de ce que j’imaginais... Vous n’êtes pas dure. Moi, je suis intraitable. Pourtant, quand j’ai perdu maman, ça a été un drame terrible dont je ne me suis pas remise... Je m’éveille la nuit quand je panique, et je m’entends dire “ maman ”. Maman, et c’est tout un monde qui s’ouvre...
C. C. – En général, quand la fille quitte sa mère, le sujet est clos : elle devient une amie, une ennemie, une grand-mère... Mais il se trouve que nous écrivons, donc nous nous nourrissons de l’enfance.
– Avec une cruauté bien trempée... Dans un cas comme dans l’autre, c’est toujours “ Famille, je vous scalpe ” !
D. R. – Ce qui m’a plu dans “ Insecte ”, c’est la texture très dense de votre écriture qui se compose de petits blocs parfaitement construits. Ce monde que vous décrivez n’est presque plus humain – il n’y a pas de maison, ni de jardin, ni de ciel... –, et c’est un monde tellement serré sur lui-même que vous êtes comme vidée de vous au profit de votre récit. Tout cela est admirablement charpenté.
C. C. – Quand je suis concentrée sur un texte, je perds la boule, au sens où je n’ai plus la perception du monde extérieur. Il y a eu une période de ma vie où j’ai eu beaucoup de mal à sortir de chez moi. J’avais dix-huit ans, et je ne sortais pas. Dehors, je ne pouvais pas vivre. Je me suis dit qu’il me fallait réinventer un monde en l’écrivant.
D. R. – Il n’y a pas de mémoire, pas de temps, aucune perspective dans votre livre, et c’est très cinglant. Est-ce toujours ainsi que vous écrivez ?
C. C. – Chaque livre est assez différent, mais dans l’ensemble, j’ai toujours en tête l’image du lecteur que je prends par les cheveux et à qui je fais manger sa soupe de force. J’ai envie de le...
D. R. – ... supprimer !
C. C. – Oui, qu’il en crève ! Dans “ Plaisirs ”**, vous écrivez : “ L’écriture, quelle boucherie ! ”, et je suis d’accord.
D. R. – J’oublie tout ce que j’écris... Et vous ?
C. C. – Moi aussi, assez souvent. Au moment où vous écrivez, êtes-vous en dehors de vous ?
D. R. – Je suis complètement à l’intérieur de moi-même.
– L’une comme l’autre, vous abordez la face noire de la maternité restée longtemps tabou.
D. R. – Vous n’avez pas d’enfant ?
C. C. – Non.
D. R. – Vous en voulez ?
C. C. – Je ne sais pas... J’ai commencé à en avoir envie il n’y a pas longtemps. Mais à chaque sortie de livre, je me dis que ce n’est pas la peine... Je ressens de tels coups de poignard dans le ventre. Celui-ci était un garçon ! De toute façon, je ne pense pas que ce soit incontournable. Je n’arrive pas à savoir s’il faut en avoir ou pas, et je ne sais pas s’il suffit d’en avoir envie...
D. R. – Je n’en n’ai jamais eu envie.
C. C. – Et... vous en avez eus ?
D. R. – J’ai eu une fille, et ça a été un drame dans ma famille... parce que je n’étais pas mariée quand je suis tombée enceinte. à l’époque, c’était un déshonneur épouvantable. Ce mariage a été un grand ratage. Cela étant, j’aime ma fille. Vous aimez les enfants ?
C. C. – (Rires.) Je n’aime que les miens, mais je n’en ai pas ! J’en aime certains, mais je ne suis pas gâteuse devant tous les enfants. J’aime bien les nourrissons…
D. R. – Un bébé, c’est un univers clos. On se dit, qu’est-ce qui va en sortir ? C’est merveilleux, c’est effrayant.
C. C. – J’aime bien les bébés jusqu’à ce qu’ils parlent.
D. R. – Mais je suis sûre que si vous aviez des enfants, vous seriez extraordinairement maternelle.
C. C. – Oui, je le vois bien avec mon chien. (Rires.)
D. R. – J’ai la passion des chiens.
C. C. – Il a bientôt onze ans, et il s’appelle Lucas. C’est un labrador un peu bâtard. Le problème avec les enfants, c’est le bruit. C’est absurde, mais ils ne savent pas modérer leurs voix. Du coup, cela me donne envie de pleurer... Enfant, je ne parlais pas. J’ai l’impression qu’on me doit la paix que j’ai accordée en me taisant.
– Et les hommes dans tout ça ? Ils sont absents de votre recueil de nouvelles... Dans l’œuvre de Dominique au contraire, c’est l’amour d’un homme qui la sauve de la fusion avec la mère.
C. C. – J’écris actuellement sur les relations entre hommes et femmes. J’ai déjà le titre, “ Infect ”… (Rires.)
D. R. – L’Autre et le livre, rien d’autre ne compte. Si l’on ne fait pas sentir à la foule qu’elle est de trop, on se perd soi-même. L’humanité est faite de poulpes qui viennent vous manger. Vous, Claire, vous ressemblez à une anguille... On peut accepter que les poulpes se mangent entre eux, mais pas qu’ils attaquent votre intégrité.
Il faut être soi-même un poulpe plus fort encore ! (Rires.)
C. C. – D’ailleurs, le poulpe est plein d’encre...
D. R. – Si je n’écris pas chaque matin, je suis comme un chien. Quoi qu’il arrive, je m’y tiens. Il faut se préférer.
** “ Plaisirs ”, entretiens de Dominique Rolin avec Patricia Boyer de Latour, éditions Gallimard.
Une interview parue sur Le Figaro Littéraire le 23 février 2006
Du Grenier à Vous parler d'elle, en passant par Pourquoi tu m'aimes pas ?, la romancière ne laisse pas indifférent. Cette fois, dans Insecte (Fayard), elle va plus loin. L'écrivain bouscule et développe avec brio, à travers une vingtaine de nouvelles, un style plus mordant et plus dense pour «scalpéliser» les relations mère-fille. Si rarement on avait abordé ce thème avec autant de cruauté, force est de constater que, comme nous l'écrivions déjà dans Le Figaro Littéraire du 5 janvier dernier, «on ne peut que céder au charme vénéneux d'Insecte».
Le Figaro Littéraire. - Si vous étiez un insecte, vous seriez ?
Claire Castillon.- Je serais le capnode, pieux coléoptère, ennemi du pêcher
A quelle question prendriez-vous la mouche ?
Vous loupez toujours le coche ?
La dernière fois que vous étiez excitée comme une puce ?
En voyant un chien.
Qu'y a-t-il, en vous, de laid comme un pou ?
Parfois, je suis lente.
Vous êtes plutôt cigale ou fourmi ?
Fourmi quand je chante, cigale quand j'économise.
Araignée du matin, chagrin. Lequel ?
Je souffre du dos, il va falloir changer la toile à matelas.
Araignée du soir, espoir. Lequel ?
Que mon araignée au plafond file toujours.
Quel écrivain vous donne le cafard ?
Sade.
Dans quel domaine aimez-vous papillonner ?
Sous l'élytre d'une lucane cerf-volant plutôt que dans le carnet d'un contractuel.
Finissez cette phrase :" Notre entretien est un éphémère mais... "
La larve de l'éphémère survivra longtemps.
Vous êtes un moustique. Qui piquez-vous et où ?
Une moustique, dans un phare. Le grand jeu.
Message personnel.
Vous cherchez la petite bête.
Les propos ont été recueillis par Frédéric Picard
En attendant minuit, c’est tous les samedis un tour d’horizon d’une demi-heure,
informatif et ludique sur l’actualité du sexe, abordé comme un phénomène de société
à travers le monde. Le ton de l’émission "surfe" sur le glamour et la sensualité.
K. Papillaud a recueilli les propos de Claire Castillon au sujet de l'émission (source : 20 minutes, 5.11.04 )
Quel est le concept de l’émission ?
C’est une émission qui parle de tout ce qui se fait dans le monde en rapport avec le sexe : pratiques, tendances, etc.
Vous êtes écrivain et vous animez désormais une émission télé. Vous aviez envie de vous diversifier ?
En fait, quand 909 productions m’a proposé d’animer cette émission, j’ai tout de suite refusé : je n’ai jamais eu envie de présenter une émission, a fortiori sur le sexe. Et puis l’idée a fait son chemin. Je n’ai pas pensé à mon image, je ne m’intéresse pas au qu’en-dira-t-on.
Qu’allez-vous apporter à cette émission ?
Frédéric Joly, le producteur, cherchait une animatrice décalée : un écrivain, un peu en retrait, avec une image froide. Je corresponds apparemment à ce profil.
Entretien de Claire Castillon avec Gerard Miller pour le magazine La Vie (source : le site des fans de Gérard Miller)
Pourquoi avoir envie de parler toujours des mêmes choses ?
C'est mon problème, c'est que je me dis souvent ! Mais je n'y peux rien, il y a des thèmes qui reviennent : l'enfermement, l'abandon, l'angoisse... Pour autant, je ne pense pas que ce soit de la redite. Je ne suis pas dans la répétition, plutôt dans le ressassement. Et comme le rythme de la marche que j'emploie beaucoup pour écrire, le ressassement me fait découvrir sans cesse de nouvelles choses.
Vous en êtes à votre cinquième livre. Votre passé vous encombre encore beaucoup ?
J'ai l'impression que j'arrive de mieux en mieux à le définir. Avant, mon passé était un magma, je n'avais pas envie d'aller visiter mes zones d'ombre, j'avais peur de mon étrangeté, de tomber dans cette part noire de moi-même, qui m'avait déjà paralysée dans le réel. Aujourd'hui, je le constate, ce que j'ai vécu devient de plus en plus visible, trouve une place, prend un sens.
Enfant, est-il exact que vous détestiez jouer avec les autres enfants ?
Oui, je me sentais très mal avec eux, à l'école, en colonie, dans la cour... Rien ne me paniquait plus, par exemple, que la récréation, et je restais enfermée le plus longtemps possible dans les toilettes pour la fuir. Aujourd'hui encore, je ne peux pas voir des enfants jouer dans un square sans trouver ça atroce.
Votre vie quotidienne était insupportable ?
Jusqu'à 19 ans, je n'ai jamais été vraiment bloquée par mon angoisse. Mais après mon bac, j'ai craqué. C'était très violent, je ne connaissais pas ça du tout. Le jour de la rentrée en fac, j'ai eu pour la première fois le sentiment que je mourrais si je mettais un pied dehors. Les pompiers sont venus, je ne savais pas ce que j'avais, je me disais : " Je suis en train de partir, je me détache ". Et jusqu'à 22 ans, plus rien n'a été naturel pour moi. Je ne pouvais plus prendre le métro, aller chez le coiffeur, à la Poste, au supermarché - je me sentais hors du monde.
Vous pensez que votre écriture a été thérapeutique ?
C'est certain. Pour écrire mon dernier livre, je me suis servi d'une période de ma vie où j'étais à la campagne, seule, affolée par les images morbides qui se bousculaient dans ma tête - il y avait du sang partout, des rats, c'était sinistre. Eh bien, en abordant frontalement ces frayeurs, en osant vis-à-vis de moi-même en parler, j'ai avancé.
Votre succès littéraire tient-il notamment au contraste qu'il y a entre votre allure de petite fille sage et la noirceur de ce que vous décrivez ?
Oui, les gens aiment bien dire qu'ils me donneraient le bon Dieu sans confession ! Moi, je ne sais pas pourquoi ma noirceur ne se voit pas. Elle est peut-être tellement présente à l'intérieur de moi que je n'ai pas besoin, au quotidien, de la montrer. En tout cas, ce n'est pas une volonté de ma part : je ne veux ni me cacher, ni épargner mes interlocuteurs.
Pensez-vous être passée à côté de votre enfance, puis de votre adolescence, en vous consacrant si jeune à l'écriture ?
Non, je pense au contraire qu'il était important que je souffre pour connaître ensuite cette rage de dire les choses.
réalisée durant l'émission Tout le monde en parle du 9 octobre 2004 par
Thierry Ardisson.
TA: Qu'est-ce qu'on peut vous souhaiter de pire en ce moment ?
CC : D'avoir une vie de conte de fées.
TA : Quel défaut aimeriez-vous avoir ?
CC : Etre menteuse.
TA : Quelle est la qualité que vous regrettez d'avoir ?
CC : Etre disponible.
TA : Quels sont les défauts que doit avoir un homme pour qu'il vous séduise ?
CC : Pervers.
TA : Qu'est-ce qui vous donnerait envie d'être trompée par un homme ?
CC : D'avoir du temps libre pendant qu'il n'est pas là.
TA : Pour quelles raisons seriez vous capable de refuser votre plus belle histoire d'amour ?
CC : Si elle me rend heureuse.
TA : Qu'est-ce que vous n'avez jamais dit à personne ?
CC : Que je suis très bien en tête à tête avec moi.
TA : En quoi aimeriez -vous être beaucoup plus nulle ?
CC : Au tir à la carabine.
TA : Qui ne voudriez-vous pas avoir comme fan ?
CC : Oui-oui
TA : Quelle est l'insulte qui vous a fait le plus plaisir ?
CC : Immondice.
TA : Quel est le compliment qui vous énerve le plus ?
CC : Le compliment d'hommes qui ont envie de me parler mais à qui je n'ai pas envie de parler.
TA : Quel est le talent que vous n'aimeriez pas avoir ?
CC : Je n'aimerais pas savoir faire des lectures de mon livre.
TA : Quel est le succès littéraire que vous êtes contente de ne pas avoir écrit ?
CC : « Le petit prince ».
TA : Quelle phrase ne dites-vous jamais ?
CC : Je vais aux filles.
TA : Quelle est la phrase que vous aimeriez ne pas avoir écrite ?
CC : C'est dans le premier livre que j'ai écris quand j'avais à peu près douze ans ; et c'est « mes larmes n'ont de cesse de couler ». C'est un peu lourd.
TA : Par qui aimeriez-vous être détestée ?
CC : Par le héros de mon prochain roman.
TA : Qu'est-ce que vous aimeriez que quelqu'un vous vole ?
CC : Mon téléphone portable.
TA : Quelle est la meilleure mauvaise critique qu'on vous ait faite ?
CC : Mon éditrice m'a dit un jour de « creuser la plaie » parce qu'elle trouvait que ce n'était pas assez creusé. Donc, ça m'a fait énormément avancer.
TA : Quel est le mot que vous ne connaissez pas que vous préférez ?
CC : Rosarum.
Entretien réalisé pour le journal Metro France par Aurélie Sarrot (09/09/2004)
Souffrance, angoisse et obsession, le monde de Claire Castillon Révélée par Je prends racine, Claire Castillon revient avec Vous parler d'elle. Entretien.
Révélée par Le Grenier (2000) et plus encore par Je prends racine (2001), tous deux publiés chez Anne Carrière, la jeune et belle Claire Castillon revient avec Vous parler d'elle (Fayard). Entre souvenirs, interrogations, angoisses et mensonges, l'héroïne livre ses confessions. Entretien.
Metro : Cinq romans en quatre ans... Pas de répit pour l'auteur ?
Claire Castillon : Je ne réagis pas en termes de quantité de travail, de temps passé à écrire ou bien à faire autre chose. J'existe quelque part autour de ça, l'écriture, la mise en place de l'écriture. Alors peut-être que j'écris tout le temps, quand je marche, quand je réponds, quand j'écoute, les choses se recoupent, se tissent à l'intérieur. Le livre est dedans, tout le temps.
Vous parler d'elle est écrit à la première personne et l'héroïne n'a pas de nom.
Ce choix est-il fait pour semer la confusion entre autobiographie et fiction ?
Les héros de mes romans n'ont jamais de nom. A part dans le deuxième, Je prends racine.
Je vois mes personnages comme des silhouettes, des ombres. Les nommer ne les ferait pas exister davantage.
Quant au "je", il arrive par évidence, surtout dans un texte comme celui-ci,
où je parle d'une angoisse que je connais intimement.
Vos romans dans l'ensemble parlent de souffrance intérieure.
L'écriture est-elle pour vous une sorte de libération ?
Je ne pense pas qu'on se libère des choses, et peut-être même que les écrire est une façon de les garder, autrement, mais de les garder quand même.
Pourquoi "obsession" et "angoisse" sont-ils des mots récurrents dans vos livres ?
Je tiens à la gravité de ces sujets et ne veux pas me voiler la face quant à leur existence. Ce sont deux thèmes qui ne me paralysent pas et avec lesquels je lie donc une amitié. C'est moi qui gagne, du coup c'est moi qui les mène à la baguette. On peut dire que je m'en sers. Et j'ai le droit, ils se sont assez servis chez moi.
Et pourquoi cette passion pour les choses qui dérangent ?
Je ne pense pas avoir de passion pour les choses qui dérangent. Je pose seulement un regard sur elles, alors que peut-être, d'habitude, on préfère ne pas les voir, ne pas les analyser, ne pas les considérer, oublier qu'elles font partie de nous. En empruntant ces chemins sombres, je rencontre des objets non identifiés, et ça c'est une promenade qui n'est pas forcément sinistre.
Selon vous, la souffrance est-elle utile pour se construire ?
La souffrance "jouée", "mimée" n'est pas franchement utile. Mais la lucidité
portée par un être sur ses zones d'ombre, et la souffrance,
ou au moins l'angoisse que cela entraîne parfois, est
je pense utile à la connaissance de soi. En même temps,
on peut passer une vie à ne pas voir, à ne pas vouloir voir, et ça marche sûrement aussi !
Interview réalisée par Bérangère Eandi pour E-novateur
Elancée, mince, brune, oeil vif, front intelligent, voilà quelques termes qui pourraient décrire Mademoiselle Castillon. Certes, elle possède tous les atouts pour faire du cinéma, pour jouer la comédie, mais ce qu'elle aime, elle, plus que tout, c'est écrire... Jalousée par les "midinettes en herbe", elle fascine les hommes. Couchée sur une feuille, sa plume s'envole. Pourquoi tu m'aimes pas ?, son dernier roman me donne l'occasion de vous parler de ce nouvel opus mais aussi de lui poser quelques questions...
Pourquoi écrivez-vous ?
Pour sortir du monde, l'effleurer sans y être tout à fait. Parce que je suis bien, au moment où j'écris, durant ce moment où une météorite pourrait faire exploser mes fenêtres et où je ne l'entendrais même pas.
Quel est le livre ou l'auteur qui vous a le plus marquée ?
Le livre ET l'auteur ! « Brèves Histoires de ma mère », de Bernard Desportes (Fayard). J'ai rencontré l'auteur au salon du livre, cette année. Depuis, je n'ai plus besoin de rencontrer personne. Il est doté d'un pouvoir terriblement fort, une puissance magistrale, une intelligence sensible et extrêmement rare.
Quel est le dernier livre que vous avez-lu ?
La vie de Joséphin le fou, d'Ananda Devi
Actuellement êtes-vous en train d'écrire ?
Oui.
Ecrivez-vous plutôt le jour ou la nuit ? Et écrire se fait-il dans la douleur, l'effort ou la joie et la facilité ?
Quand j'écris, je ressens une espèce de force bien supérieure à moi, qui pendant environ une heure me prend toute entière, m'absorbe, me torture un peu, et me laisse ensuite fatiguée, mais heureuse ! prête à remettre ça !
Question classique et néanmoins intéressante, quel livre importeriez-vous sur une île déserte ?
Celui que je suis en train d'écrire (et un crayon)
Quel est vôtre premier lecteur quand le manuscrit est terminé ?
Désormais, ce sera toujours mon éditrice, Elisabeth Samama.
Combien de livres non publiés avez-vous écrit ?
Trois, ou quatre. Je ne sais plus exactement.
Enfant quel métier rêviez-vous d'exercer ? Celui d'écrivain ? A quel âge avez-vous décidé que vous « passeriez votre vie dans les livres »?
J'ai toujours voulu être agent secret. D'ailleurs je combinerais volontiers les deux. Quand j'ai voulu être écrivain, à douze ans, j'ai pensé que c'était aussi fou que de vouloir devenir chanteuse ou comédienne. Quand mon premier roman, Le Grenier, a été édité, je me suis dit que je ferai tout pour vivre dans les livres, toujours.
Avant de vous plonger dans l'écriture d'un futur roman, vous inspirez-vous des gens qui vous entourent, des rencontres que vous faites dans la rue, en soirée, dans les cafés?
Je m'inspire du monde en général, mais sans le faire exprès, le monde est pénétrant, je n'y peux rien, il laisse en moi des impressions, des images. Je pense qu'ensuite ma tête range ou dérange les images et se concentre sur un thème. Elle libère alors les impressions mélangées qui peuvent se rattacher à ce thème.
J'avoue être totalement fascinée par la facilité avec laquelle vous avez le don de décrire des histoires douloureuses, des situations où les personnages sont le plus souvent « en survie », quelle est votre secret, Claire?
La survie de mes secrets.
Interview "par amour" réalisée durant l'émission Tout le monde en parle du 2 mars 2002 par
Thierry Ardisson à l'occasion de la sortie de
La reine Claude :
Seriez-vous prête à arrêter d' écrire par amour ?
De publier oui, pas d'écrire.
Seriez-vous prête à ne pas faire d'enfants par amour ?
Oui.
Seriez-vous prête à cacher le corps de quelqu'un qu'il vient de tuer par amour ?
Même de le tuer avec lui.
Seriez-vous prête à vous mettre à la drogue par amour ?
Non.
Seriez-vous prête à prendre 17 kilos par amour ?
A les perdre oui.
Seriez-vous prête à accepter quelques infidélités par amour ?
Non.
Seriez-vous prête à accepter qu'il ait une maîtresse par amour ?
Non.
Seriez-vous prête à embrasser 100 fois ses chaussettes sales par amour ?
Oui, chaque chaussette.
Seriez-vous prête à vivre à trois avec sa maîtresse par amour ?
Non.
Seriez-vous prête à aller tous les trois en club échangiste ?
J'aime seulement les hommes qui ne supportent pas de me partager.
Seriez-vous prête à devenir son esclave sexuelle par amour ?
Oui.
Interview Amazon.fr à l'occasion de sa nomination pour le prix Saint-Valentin 2001
Une jeune femme, conformément aux diktats de notre temps, cherche à remplir son existence et sa tête de choses à faire, à dire, à apprendre, à vivre. Pour y parvenir, elle remplit son corps, comme un grenier qui la protège de l'angoisse du vide sur lequel elle peut enfin régner en maître. Rencontre comblée avec Claire Castillon, auteur du Grenier, son premier roman.
Amazon.fr: Comment est née l'idée du Grenier, l'idée du titre, avec tout ce qu'il entend et suppose ?
Claire Castillon: Le titre est venu au début après la rencontre d'une femme qui m'a raconté une anecdote : elle se rappelait que son institutrice lui avait demandé de raconter "un jour dans son grenier". Elle n'avait pas de grenier, elle avait dû chercher. C'est une douleur que j'aurais pu éprouver. J'ai du reste repris cette histoire dans mon livre. À l'image d'un grenier, un ventre peut receler toutes ces choses. On peut donc avoir une lecture psychanalytique du livre. Et c'est peut-être la plus importante, qui permet de comprendre d'où vient le roman.
Comment expliquez-vous que les premiers romans fassent souvent la part belle à l'amour, aux histoires d'amour ?
Je n'ai pas d'explications en général. Mais, chez moi, tout tourne autour de ça. Le deuxième roman, le troisième et le quatrième parleront aussi d'amour, autrement, mais ils en parleront. Il n'y a que ça qui me motive, qui m'intéresse, qui me passionne, que j'ai envie de comprendre.
Quelle importance accordez-vous à la maternité dans l'amour ?
C'est ambigu. C'est à la fois quelque chose qui m'intrigue, que je trouve extrêmement beau, extrêmement salvateur et c'est aussi quelque chose qui est une source d'angoisse perpétuelle.
Pourquoi dites-vous "salvateur" ?
Parce que dans Le Grenier, la grossesse remplit cet endroit creux que la narratrice ne savait pas comment combler. C'est le moyen de quitter l'angoisse, de remplir la caverne d'un être vivant, donc de chasser un peu l'amant. Même si c'est un fantasme chez la narratrice, parce que je ne crois pas qu'elle accouche réellement d'un petit être, cela la sauve de cette espèce de guerre, intime, personnelle, qu'il y avait à l'intérieur d'elle-même. Elle sort ainsi d'une certaine violence, avec la capacité d'ingurgiter. C'est donc salvateur pour la narratrice, mais dans la vie, la maternité peut être quelque chose d'extrêmement angoissant à propos d'amour justement : est-ce que cet être-là va être forcément aimé ? On n'en est pas sûr.
Entre le trouble, l'élégance, la séduction, la conversation... à quoi reliez-vous le plus l'amour ?
L'héroïne du Grenier fait tellement partie d'une autre planète qu'elle ne relie l'amour à aucun de ces mots-là ! Il n'y a pas de jeu, de séduction, mais une vraie possession. Personnellement, je n'ai rien à faire de l'allure, du trouble, de la séduction. Un homme qui joue le trouble ou la séduction m'ennuie profondément.
Qu'évoque pour vous la Saint-Valentin ?
Ça m'évoque une file d'hommes attendant devant chez le fleuriste comme pour la fête des mères ! La Saint-Valentin devrait avoir lieu tous les jours. C'est une fête très charmante mais je n'attends pas le 14 février pour recevoir un bouquet de fleurs ou pour en offrir un. Je n'aime pas les dates pour "faire des choses". Ça ne m'inspire pas grand-chose, seuls les jours m'inspirent quand ils parlent d'amour.
Propos recueillis par Céline Darner
Interview Le Figaro à l'occasion de la sortie de « le Grenier » en 2000. par Virginie MOUZAT et François SIMON
« Le Grenier » de Claire Castillon décoiffe
Mémoires d'une jeune fille dérangée
Claire Castillon a écrit « Le Grenier ». Dans son livre, elle en veut. A elle-même, à ses parents, à son mec, qu'elle partage avec son épouse trop légitime. C'est pas propre, violent, énervé, colérique. L'auteur n'a que vingt-quatre ans. A part ça, la presse la présente comme une « relation » de PPDA... Elle a d'autres choses à raconter et définit pour nous son codex des choses de la vie. Questions simples, réponses agitées :
LE FIGARO: Le grenier ?
Claire CASTILLON:
C'est la bulle que l'on place n'importe où, au fond des poches, au creux d'un arbre,
dans une maison. C'est une boîte noire qui dit quand on l'écoute tout ce qu'on aimerait savoir, transformant
les petits riens qu'on a vaguement cachés sans se demander pourquoi en trésors.
Le sexe ?
Il est masculin et féminin, et pourtant il est singulier. C'est ça. C'est exactement ça. C'est une ablation. C'est une union.
L'adultère ?
Un remède pour ceux qui ne guériront jamais l'hypocondrie de leur nombril.
Noël ?
C'est toujours le prochain. Celui où mon papa me racontera l'histoire du
Sergent Lafleur de retour d'une campagne napoléonienne, misérable, épuisé,
et caché au fond de l'église de son village, où le monde, apparemment heureux
et endimanché, ne le reconnut même pas, trop occupé par sa bonne grosse bouffe,
ses fadaises et ses froufrous.
La famille ?
Comme illustration de la physique, c'est-à-dire un noyau dur avec ses électrons libres, ses big bang, ses béances, ses trous noirs et ses attirances.
Le fétichisme ?
Comme extrême limite de l'abandon, du manque. Comme venin de l'absence, quand seuls les objets restent, témoins qu'il a pu se passer quelque chose, un mégot, un parfum, un papier, une eau de bain. Ce sont les morceaux du puzzle en vrac, quand plus rien n'est là pour faire le lien entre les pièces et faire renaître l'image.
Le fric ?
Ce n'est pas le bon mot. Il n'y a rien à dire contre l'argent comme moyen d'échange. Le fric parle d'un autre monde, pas vraiment synonyme de générosité et d'humanité.
Le quotidien ?
C'est le plus puissant des adversaires, qui vous lance un uppercut alors que vous vous croyiez bien enchaîné à l'amour. Et il a raison. L'amour se travaille, il se mord, il doit se déchirer et se recoudre chaque jour. On refait un chef-d'oeuvre jusqu'à ce qu'il soit parfait, on ne se contente pas d'admirer son brouillon comme si on avait déniché la perle.
La rupture ?
C'est le moment où le fil du rasoir va se rompre. Où on ne trouve même plus d'espace sur lequel se blesser les pieds afin de vérifier qu'on est en vie. C'est la chute vertigineuse dans un creux aux parois mouillées, et la grâce, peut-être tout en bas, paraît-il, si on est vidé au point d'être essoré sans qu'une larme ne coule.
La télé ?
C'est un grenier de substitution dont il faut quand même se méfier. Mieux vaut avoir le sien.
Et vous ?
Les réponses précédentes ont déjà défini le contour. Dedans c'est rouge, de bonheur, de rage, de plaisir, de confusion. Je ne sais pas soutenir une conversation d'usage. Ni une interview !
Tous les samedis donc, depuis novembre le 6 novembre 2004, Claire Castillon anime "En attendant minuit"
sur la chaine du cable TPS Star.
En 30 minutes cette émission fait un tour d'horizon de l'actualité du
sexe "informatif et ludique" aux quatre coins de la planète. Glamour et sensualité au rendez-vous donc
L'émission est un instantané de tout ce qui se rapporte au sexe aux quatre coins du monde.
Un zapping composé de reportages insolites, courts et rythmés, sur la "planète sexe" et de brèves
étonnantes : l'ouverture, à Londres, du Starkers club, la première boite de nuit londonienne entièrement
réservée aux naturistes ; "Fuck for the Forest" : quand des écolos suédois se transforment en "harder"
pour préserver la forêt équatoriale; Harvard, nouveau lieu de libertinage. Au coeur de la plus prestigieuse
université Américaine, des étudiants ont recréé des clubs libertins...