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On n'empêche pas un petit coeur d'aimer (Nouvelles)

Editions Fayard (3 janvier 2007)

On n'empêche pas un petit coeur d'aimer
Langue : Français
Éditeur : Fayard (3 janvier 2007)
Dimensions (en cm) : 14 x 22 Format : Broché - 156 pages
ISBN-10: 2213630593
ISBN-13: 978-2213630595
Prix : 13.30 €

On n'empêche pas un petit coeur d'aimer : Présentation

Présentation de l'éditeur:

On n'empêche pas un petit cœur d'aimer. Surtout un petit cœur sec. Jaloux. Tordu. Malheureux. Il faut l'admettre, l'amour n'est pas l'apanage des gens aimants. D'ailleurs, l'auteur avait pensé intituler son recueil de nouvelles : Infect. Mais d'Insecte à Infect, la rime était trop facile. Pourtant, infects, nous le sommes tous plus ou moins quand nous aimons.

Revue de presse On n'empêche pas un petit coeur d'aimer

Elle.fr - Une journée avec Claire Castillon

Tirée de la rubrique "une journée avec..." de la version en ligne du magazine Elle.

Par Antoine Silber - 10 janvier 2007

Comme Amélie Nothomb, elle a un univers bien à elle. Après « Insecte », paru en janvier 2006 et traduit en douze langues, elle publie, chez Fayard, un deuxième recueil de nouvelles « On n'empêche pas un petit coeur d'aimer ». A 31 ans, c'est son septième livre. Et l'un des événements littéraires de ce début d'année.

J'adore être seule. Ce n'est pas que je sois sauvage mais je n'ai pas envie de connaître les gens autour de moi. Je ne sors pas beaucoup. Sauf pour aller promener mon chien Luca. Sans « s », s'il vous plaît ! C'est une sorte de labrador très vieux qui se traîne, il a du mal à monter les marches de Montmartre. Je viens de m'installer dans le 18e arrondissement, mais ne dites pas où précisément parce qu'il y a un malade qui me poursuit, un lecteur qui fait une fixette sur moi. Avant j'habitais Neuilly, je ne sortais plus du tout, il y avait trop de bruit dehors. Je ne vais jamais dans les cafés, sauf pour des interviews comme celle-ci. Je n'aime pas partir loin. Là, d'ailleurs, je suis embêtée : « Insecte », le livre que j'ai publié l'an dernier, paraît un peu partout. Je dois aller en janvier à Milan. En février, en Suède. En mars, aux Pays-Bas. Il va falloir que je voyage, c'est un problème.

J'ai écrit cinq romans et c'est mon deuxième recueil de nouvelles. L'année dernière, après « Insecte », on m'a dit : « C'est bien, mais il n'y a pas beaucoup d'hommes dans tes nouvelles. » Alors, cette fois, j'en ai mis. Je les fais parler. Je me mets à leur place. Ecrire, c'est descendre. Ecrire un roman, c'est descendre très profondément, c'est abyssal. Une nouvelle, c'est plus reposant. Vous en terminez une et, hop, vous passez à une autre ! J'écris tous les matins, dès que je me lève, sans m'habiller, en pyjama. J'emporte mon café et ma tartine devant mon ordinateur. Chez moi, c'est plein de coins, de recoins. La pièce dans laquelle j'écris est comme une petite niche. Il faut se plier pour y entrer. En face de ma fenêtre, il y a un immeuble. Je voyais sans cesse en sortir des corbillards. Hier, en allant promener Luca, comme je le fais tous les matins vers 11 h, j'ai découvert qu'il s'agissait d'un centre de soins palliatifs.

Moi, quand il m‘arrive quelque chose de désagréable, je me console en me disant : « J' m'en fous, j'en parlerai à mon livre ! » En fait, je ne vis que pour nourrir le livre que je suis en train d'écrire. Je n'aime pas déjeuner dehors par exemple, sauf si c'est pour parler de moi et de ce que j'écris. Avec Elisabeth Samama, notamment, mon éditrice chez Fayard. J'ai commencé à écrire à 12 ans, le jour de l'enterrement de mon grand-père. Toute la famille était réunie au salon, je suis passée dans la pièce à côté et je me suis mise à écrire. Pour lui. Je découvrais comme c'est fabuleux de pouvoir quitter le monde, de m'inventer une vie plus merveilleuse, moins dure à vivre. Quand je n'écris plus, quand je finis un livre, je vis mal. J'ai des lymphangites, des inflammations du bras. Ça m'est encore arrivé quand j'ai rendu mes nouvelles à Elisabeth. Ça me montait le long du bras comme un serpent. Une amie psychiatre m'a dit que ça me sauvait la vie d'écrire, que, si je ne faisais pas de livres, on me classerait certainement dans la catégorie des psychotiques.

Après le déjeuner, je fais la sieste. Je mets une musique d'Angelo Badalamenti, le compositeur des musiques des films de David Lynch, je dors et, quand je me réveille, j'écris de nouveau. Ensuite, le soir, je vois les gens que j'aime. Enfin, surtout l'homme avec qui je suis. J'aime le tête-à-tête, les dîners à deux. Quand il y a plus de monde, je panique un peu. Je ne me couche pas tard. Je dors très bien. Je rêve énormément. Je me souviens de tous mes rêves. La nuit dernière, j'ai rêvé que j'étais enceinte et que mon ventre était aussi pointu que l'aileron d'un requin. Il y avait une infirmière. Elle me disait : « Non. Non. On n'accouche pas ça, ici... » C'est souvent comme ça quand je publie un livre : je rêve que j'accouche. Parfois, j'accouche d'un bébé mort. Une fois, comme ça, en pleine nuit, j'ai accouché d'un jouet en plastique...

Je fais mes courses sur Ooshop.com et j'achète des cadeaux pour les enfants de mes copines sur le site Little Fashion Gallery*. Même mon appartement, je l'ai trouvé grâce à Internet.
Mon meilleur ami s'appelle Thierry. Il dirige le refuge de l'AVA (aide aux vieux animaux). Je vais souvent le voir, le week-end , en Normandie. Il vit au milieu d'une centaine de chats efflanqués et de chiens tout cabossés.

Lefigaro.fr

PAr Olivier Delacroix - 4 janvier 2007

La boîte noire du couple

En vingt-trois nouvelles au charme vénéneux, la jeune romancière dissèque les relations hommes-femmes.

SUR LA COUVERTURE de son nouveau livre, Claire Castillon se présente de dos. La main d'un homme empoigne sa belle chevelure noire, laissant apparaître une nuque offerte, mais hiéra­tique. Le fond de l'image violet, violent, ainsi que cette étrange posture floutée suggèrent la force du désir masculin, mêlée à ­l'immobilité troublante d'une jeune femme ­raide comme une statue.

On s'en souvient, après cinq romans, l'auteur du Grenier s'était essayée l'an dernier à l'exercice du conte bref, aussi cinglant qu'impitoyable. Brune au teint de porcelaine, une fêlure dans la voix, un ­sourire si doux mais une plume si dure, Claire Castillon récidive avec On n'empêche pas un petit coeur d'aimer, qu'elle avait d'abord baptisé ­Infect. « Mais d'Insecte à Infect, la rime était trop facile. Même si, ­infects, nous le sommes tous plus ou moins quand nous aimons », écrit-elle au dos de l'ouvrage. ­Cette fois, la romancière au visage d'ange, qui écrit comme une ­diablesse, s'attaque au couple. ­Attention, jeu de massacre !

Kaléidoscope de coeurs brisés

Comme les déceptions amoureuses lui donnent des ailes, Claire Castillon livre vingt-trois textes courts, dont la noirceur n'a d'égale que le charme vénéneux. En entomolo­giste attentive, un rien perverse, l'auteur de Vous parler d'elle ­dissè­que les relations entre les hommes et les femmes, souvent engluées dans la toile d'araignée des rapports familiaux (comme dans l'incestueux texte « Une araignée au plafond »). Invariablement, chaque nouvelle montre qu'un grain de ­sable finit toujours par se glisser dans la mécanique du couple.

Seul un récit, intitulé « Voyages », surnage dans cette mosaïque d'éclats d'amour en forme de kaléidoscope de coeurs brisés. L'histoire conte avec poésie et douceur le deuil d'une femme qui a perdu son mari, comme si une tempête avait déraciné un arbre présumé centenaire.

Le « grenier » de la roman­cière ressemble à sa « boîte noire ». Quand elle écrit, Claire Castillon semble avoir accès, en ligne directe, à son « Pompéi intime », lieu de ­mémoire refoulée, espace-temps préservé où reposent intacts ses traumatismes intimes et où s'en­treposent méticuleu­sement ses amours et ses haines. Le style en apparence léger et limpide de l'auteur s'apparente plutôt à une littérature de la sidération. Il n'empêche. Grâce à un humour omniprésent, une imagination débridée et un sens de la narration impeccable, on ne peut que constater une chose : on n'empêche pas un lecteur au grand coeur d'aimer.

Evene

Hélène Zemmour - janvier 2007

Décidément, le genre qu'est la nouvelle met en exergue le talent de Claire Castillon, désormais célèbre pour ses petites histoires cruelles où flirtent tendresse et monstruosité. Après avoir penché sa loupe sur le rapport mère-fille dans ‘Insecte’, la romancière attaque son sujet préféré parmi tous : le couple, huis clos de toutes les bassesses et les grandeurs de l’âme humaine. Les hommes vils et lâches, les femmes, hystériques et jalouses, se fréquentent et se détestent dans le même élan, se font les pires coups bas en se disant des “je t’aime” qui donnent envie de vomir. Comme un voyeur qui épierait par le trou d’une serrure la vie de ses voisins infini délice ! - le lecteur est plongé dans le quotidien du couple de la table d’à côté. Pire, c’est directement dans le cerveau de la femme que l’on est projeté.

La romancière maîtrise la complexité de l’âme féminine torturée. A moitié complice de sentiments nauséabonds, esquissés avec justesse et économie du verbe, le lecteur est submergé par la colère, l’incompréhension, et finalement la honte de ressentir pour l’un ou l’autre de ces monstres à forme humaine, un timide sentiment de compassion. On a beau lutter, difficile de ne pas de les aimer, ces dingues-là. C’est là toute la force de l’écrivain : parvenir à nous faire adhérer, sans y paraître, et malgré nous, à des petites horreurs racontées avec malice. A peine une nouvelle terminée, trop courte, on en redemande, tant la chute claque et abasourdit. Sans donner la clef, la justification qui excuserait. Jamais. Les nouvelles s’appellent ‘Tolérance mille’, ‘Mort au rat’, ‘Train-train’ ou ‘Nos enfants ingrats’, des portraits de famille qui font sourire lorsque l’on y reconnaît l’autre. A moins que l’on s’y reconnaisse soi-même, sans oser se l’avouer.
La question reste en suspens : dans quel cauchemar Claire Castillon va-t-elle chercher tout cela ? L’écrivain semble parier sur le masochisme qui sommeille en chacun de nous. Et ça marche.

L'express/TV5

Par Jérôme Dupuis

Ce recueil de nouvelles qui faillit s'appeler Infect et qui dissèque les rapports amoureux ne ternira pas sa réputation de charmant petit monstre. Rencontre

Evidemment, après avoir refermé son dernier livre, on n'est plus tout à fait sûr de vouloir encore la rencontrer. Tout au long de ces 23 nouvelles, ce ne sont qu'amants rêvant de s'éborgner, époux plaquant une muselière sur la bouche de sa femme, catalogue exhaustif des sécrétions et des dérèglements du corps féminin. C'est bien simple, après le succès d'Insecte l'an dernier (50 000 exemplaires, 12 traductions), Claire Castillon avait d'abord songé à appeler ce nouveau recueil Infect - avant d'opter pour On n'empêche pas un petit cœur d'aimer.

Alors, quand elle fait son entrée dans ce petit café de Montmartre à deux pas de chez elle, ponctuelle, souriante, posée, on respire. «Elle est très carrée», avaient prévenu tous ses amis. Cette longue silhouette d'étudiante recouvre pourtant des gouffres. «On la dirait tout droit sortie du couvent des Oiseaux, mais elle est capable de vous faire rougir en imaginant des choses insoutenables», confirme son amie la réalisatrice Marion Vernoux (Love, etc., Reines d'un jour).

Les origines penchent justement plutôt côté bourgeois - père polytechnicien, ponte de la tour Elf - et banlieue ouest de Paris. A 12 ans, le jour de l'enterrement de son grand-père, cette adolescente qui rêve sur Jane Eyre s'isole dans une pièce et commence à écrire. Encore étudiante en lettres, elle envoie par la poste à dix éditeurs le manuscrit du Grenier, Mémoires d'une jeune fille dérangée. Anne Carrière le publie à la rentrée 2000. «J'ai estimé que, derrière cet univers glauque, il y avait un vrai talent et que ce court roman serait remarqué», se souvient l'éditrice.

Elle ne croyait pas si bien dire. Cela commence par un coup de foudre sur un plateau de LCI entre la romancière et le présentateur de Place aux livres, Patrick Poivre d'Arvor. Il ne faudra que quelques semaines avant que Voici barre sa Une d'un énorme: «PPDA, un nouveau chapitre avec Claire». On l'imagine, ce Grenier fut en effet «remarqué»... La romancière racontera cette période trouble et exquise dans La Reine Claude (Stock), roman à clefs limpide comme de l'eau de roche: «Etre toisée par des grognasses et approchée par des dents longues, convoitée par de faux amis, jalousée par d'anciennes amantes, considérée comme une folle...» Survient, après trente mois, la rupture avec cet amant de trente ans son aîné. Qui glissera, lui aussi, dans son roman La Mort de Don Juan (Albin Michel), quelques phrases codées à propos d'une troublante «Claire C.».

Sa réputation de «charmant petit monstre» est scellée. Son tropisme «Colette» - robes d'un autre temps, large bandeau dans les cheveux, parfum de soufre et roman dédié à son labrador Luca - fait le bonheur des magazines. D'autant qu'elle aggrave son cas en présentant une émission coquine sur TPS Star, En attendant minuit. «Mon dernier livre s'était mal vendu, et c'était un moyen simple de gagner de l'argent», commente-t-elle, très «carrée». Un projet d'adaptation de Je prends racine, coécrit avec Marion Vernoux, n'avait en effet pas vu le jour, malgré un casting alléchant (Romain Duris, Mathieu Amalric, Pierre Arditi).

La critique n'épargne guère cette insaisissable romancière, capable de placer le «Un jour mon prince viendra...» de Blanche-Neige en exergue d'un précis de décomposition du couple. Dans Libération, Philippe Lançon raille «ses formules fières d'elles mais cruellement inutiles». Mal lui en prend. Les représailles seront très «castilloniennes»! «Quelques mois après, raconte le journaliste, j'ai reçu une lettre anonyme rageusement barrée d'un: "Fais gaffe à tes couilles! ", accompagnée d'un bocal avec deux testicules d'animaux dans du liquide. Le journal a porté plainte et les policiers m'ont montré la bande vidéo de la poste de Saint-Germain-des-Prés, d'où le paquet avait été envoyé. J'ai alors reconnu, malgré son grand manteau, un bonnet et des lunettes noires, Claire Castillon!» L'épisode fait encore sourire la romancière aujourd'hui: «J'ai avoué tout de suite aux policiers. Je trouvais cet article injuste.» Un temps d'arrêt, et puis, très fair-play: «Mais qu'il était bien écrit!»

Avec tous ces hauts faits d'armes, Claire Castillon aurait pu disparaître comme nombre de météores des lettres parisiennes. Mais la romancière ultrasolitaire s'isole des semaines entières dans la maison familiale, du côté de l'étang de Berre. Elle lit Duras, Mauriac, Bernard Desportes - «mon alter ego masculin» - et, surtout, écrit. «Je ne sais faire que cela. Dès que j'arrête, j'ai des allergies qui me montent le long des bras.» Après deux romans sans grand succès et des discussions régulières avec Elisabeth Samama, son éditrice chez Fayard, elle décide de passer à la nouvelle. Ce sera Insecte. La critique revoit son jugement, le public suit. Pour la première fois peut-être, elle n'est plus - seulement - «l'ex».

Et puis, aujourd'hui, donc, On n'empêche pas un petit cœur d'aimer. Toujours la même recette, ces saynètes courtes et crues, sans lieu, sans date, sans nom, où pères incestueux, mères impudiques et filles torturées se déchirent sadiquement. Comme d'habitude, les corps souffrent ou jouissent. Les lecteurs aussi. «Aucun tabou», proclame l'héroïne de la nouvelle Haut Vol! Une devise qui fait le charme vénéneux - et dessine parfois aussi les limites - de ces drames intimes. «Je ne me censure jamais. Cela me vient comme ça», s'excuserait presque la romancière. Carrée, mais un peu barrée.

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On n'empêche pas un petit coeur d'aimer est le second recueil de nouvelles écrit par Claire Castillon. Retrouvez sur cette page une présentation, des interviews et une revue de presse et extraits.

Extraits

Elle est belle, au-dessus de mon berceau, devant l'école, dans la voiture garée au coin, et puis maintenant, vingt ans plus tard, dans le café où elle m'attend pour boire un thé, vert, c'est à la mode, il paraît que ça peut faire maigrir, alors elle essaye, des fois qu'elle perde un os ou deux.

Je marche vers elle, il va bien se produire un drame sur la route, m'arriver quelque chose, ou au moins une idée, depuis le temps que je la cherche, cette idée, pour la sauver et me perdre. Je marche et, quand j'arriverai, elle aura des ampoules, c'est ainsi qu'on fonctionne. Quand j'ai mal au ventre, on retire son colon ; quand j'ai mal à la tête, on lui trouve une bille cachée derrière un oeil. Si j'ai mal quelque part, aussitôt ma mère meurt. Si j'ai peur, elle appelle ; si j'ai soif, elle transpire ; on n'a pas vu donner autant et sans retour. Si je prends, elle donne. Si je marche, elle accourt. Si je pars, elle revient. Tiens, j'essaye. Ce serait bien.

Liens externes

Interviews

20minutes.fr

Une interview parue sur le site de 20 minutes le 4 janvier 2007

20 minutes - Votre nouveau livre, On n'empêche pas un petit coeur d'aimer (Fayard), décline le rapport hommes-femmes en vingt-trois nouvelles. Comment être original en adoptant un tel sujet ?
Claire Castillon.- Je ne suis pas sûre d'avoir décidé d'écrire un livre précisément sur ce sujet. Dans le précédent recueil, Insecte [publié en janvier 2006], je n'avais pas prémédité de faire une étude sur les mères et les filles. Et c'est pourtant ce qui en est ressorti. J'aime aborder les choses réelles et les traiter différemment, ce qui est au fond le propre de l'écrivain. Peut-être peut-on dire que les hommes, qui étaient absents dans mon dernier livre, sont de retour, et mieux incarnés. Mais je n'épargne pas plus les femmes que les hommes.

Vous maniez en virtuose le sordide, l'émotion et l'humour vache, entre profondeur et légèreté. Et tout est toujours sur le point de basculer. A vous voir, on ne vous croirait jamais si redoutable...
On est ce qu'on écrit. Mais je ne crois pas à la torture nécessaire de l'artiste. Je suis sereine, parce que je ne mens pas sur ce que je suis quand j'écris. Je passe de l'écriture à la vie réelle sans me dire que ce sont deux mondes différents. Je ne me préserve pas dans mes textes, mais je me préserve beaucoup dans la vie. Il y a peut-être une question d'éducation qui fait qu'on se tient bien devant les gens...

Avec des thèmes comme la violence, l'inceste, le deuil, la solitude, vous ne ménagez pas votre lecteur ! Pourtant, on ne peut pas lâcher ces nouvelles. Comment l'expliquez-vous ?
Je ne raconte pas seulement des histoires sordides. Il y a toujours de la tendresse dans mes textes : une main cogne pendant que l'autre caresse. Je n'écris pas pour choquer, j'écris comme je ressens. J'entretiens ce rapport avec le lecteur depuis mon premier roman, Le Grenier (2000). Mes livres disent ce que les gens n'ont pas envie de voir chez eux. Mais ce ne sont pas des reproches ou des jugements jetés, ce sont les histoires d'un peu tout le monde, que je regarde moi aussi de l'intérieur avec un soupçon de voyeurisme.

C'est votre deuxième recueil de nouvelles. Qu'est-ce qui vous plaît dans cette forme littéraire ?
Le rythme. La nouvelle est un noeud qui doit se nouer très vite. Une nouvelle est avant tout visuelle : on attrape un personnage à un moment de son existence, on en manipule un ou deux aspects, et ensuite on le relâche. Le roman est plus intense à écrire. Je me suis souvent laissé emporter par mes romans. Dans mes nouvelles, je suis le chef d'orchestre.

Préparez-vous encore un recueil de nouvelles pour janvier 2008 ?
Mon prochain livre sera un roman qui mêlera des choses intimistes et profondes, qui ne m'épargnent pas, à un recul plus assumé dans la narration, que j'ai appris à maîtriser en écrivant ces nouvelles.

Les propos ont été recueillis par Karine Papillaud

Evene.fr

Claire castillon a accordé une interview à Evene à l'occasion de la sortie de On n’empêche pas un petit coeur d’aimer. Propos recueillis par Hélène Zemmour pour Evene.fr (janvier 2007)

Elle n'en finit pas d'accoucher des livres, cette Claire Castillon. Quand elle n'écrit pas, elle s'ennuie. Et quand elle publie, elle fait du bruit ! La belle à la plume douce-amère fait mouche avec "On n’empêche pas un petit coeur d’aimer", un deuxième recueil d'histoires qui font froid dans le dos


Evene - Après cinq romans, vous publiez deux recueils de nouvelles de suite. Est-ce un genre qui vous ressemble davantage ?
Claire Castillon.- Je ne pense pas qu’il me ressemble. En revanche il correspondait à une période nécessaire, avant de reprendre le roman. C’est un genre qui nécessite de la concision, de la précision, ce qui n’est pas forcément une de mes caractéristiques. J’ai appris à mieux maîtriser le texte.

Sur la quatrième de couverture, on lit “l’auteur avait pensé intituler son recueil de nouvelles ‘Infect’” : l’amour des hommes est-il pour vous sans appel ?
L’amour de l’homme ne m’intéresse pas. Il ne m’est pas vital. Ce qui me plaît, c’est ce que j’en fais. Ou pas. Ca veut dire que j’aime, souvent, profondément, absolument, et qu’en retour je me laisse aimer, mais toujours avec cette distance, je ne sais pas comment la qualifier, distance d’étude, de rêve, une distance en tout cas qui fait que l’autre reste autre. Cela est essentiel.

Vous semblez plus cruelle envers les femmes. Vos figures féminines sont souvent folles, menteuses, manipulatrices, jalouses…Sont-elles vraiment pire que les hommes ?
Pires, non, mais différentes certainement. Dans mon texte, dans mes textes, je m’attarde en effet davantage sur les sentiments troubles, plutôt bas, sur les élans mal formulés, mal compris, mal envoyés et mal reçus, entre deux êtres plus autistes qu’en partage.

On retrouve des thématiques qui reviennent souvent dans vos textes : l’amour mais aussi la nourriture, le sexe, les excréments, l’inceste, les bébés, la mort… Des obsessions ?
Les thèmes reviennent dans mes livres. Ils reviennent interprétés différemment. La musique change, les paroles aussi, mais le morceau reste entier. C’est moi, avec ce qui m’a formé, et mon corps, et mon imaginaire, d’enfant puis d’adulte.

Croyez-vous encore à l’amour et au couple ?
Je n’ai jamais cru au couple. Je crois en moi, à la personne que je suis, libre de tout attachement, capable d’être seule, d’y trouver même le plaisir et la paix absolus. Je ne pense pas qu’il soit possible de vivre à deux. En revanche, je crois à l’amour, à l’élan vers l’autre, à la fidélité, à l’envie d’aimer, et je crois en même temps au mensonge qui se cache derrière ces soleils-là. Même en pensée. Et tout ceci me va très bien.

Quels sont les défauts chez l’être humain pour lesquels vous avez le plus de tendresse ? Et de dégoût ?
J’ai énormément de dégoût pour le laisser-aller, le manque de travail, et l’absence de rêve chez certains hommes. Pour les hommes collants aussi. Et énormément de tendresse pour les chiens des hommes ! Je plaisante. Non mais la tendresse n’est pas le sentiment que je peux ressentir pour l’homme que j’aime par exemple. C’est un sentiment que j’éprouve envers certains enfants, ou bien envers les gens âgés, leur difficulté à se mouvoir, à parler, à trouver les mots, les idées. Ça oui, c’est tendre. Et je suis tendre avec.

Il y a de l’animalité dans tes personnages, voire de la monstruosité. Les animaux ont-ils plus de coeur que nous ?
Oh non, quelle horreur ! Je sais que j’aime les chiens parce qu’ils ne peuvent pas parler ! S’ils parlaient, ils me dérangeraient autant que les hommes !

Vous écrivez : “C’est au tombeau que l’on reconnaît la mesquinerie de la famille.” Que faudra-t-il écrire sur votre tombe ?
Je n’aurai pas de tombe. Je serai répandue ! Mais je ne dis pas où, les seuls à le savoir sont ceux qui devront le faire.

Avec ‘Nos enfants ingrats’, la nouvelle qui clôt le recueil, la famille est un véritable noeud de douleur ! Avez-vous été traumatisée par la vôtre ?
La famille est un lieu d’inspiration pour moi. J’adore la regarder, la mienne ou une autre. Plus je regarde les familles dites normales et plus je les découvre fabuleusement tordues. Les secrets, les suicides, les incestes, les jalousies, les enfants anormaux cachés, les tromperies, les viols, les délires, etc. Je ne vous parle pas de la mienne bien sûr ! Mais regardez par exemple les répétitions dans les familles… La mémoire cellulaire a tous les pouvoirs.

Quel est l’écrivain qui vous a donné envie d’écrire ?
Moi. J’ai senti, en moi, la présence de cet autre, compagnon et ennemi à la fois, qui se tenait là, près, et prêt depuis longtemps. Je l’ai laissé faire, et maintenant, nous ne sommes pas un couple, mais nous sommes réunis.

Sur quoi écrivez-vous en ce moment ?
J’écris un roman. Sur la famille !

Evene recense 80.000 citations du monde : y a-t-il une citation que vous aimez par-dessus tout ?
Ah oui. Un jour, un homme m’a dit : “Quand je lève les yeux vers vous, on dirait que le monde tremble.” C’est d’Antonin Artaud.

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