A 29 ans, elle est bien plus qu'une romancière à demi-succès ou l'ex de PPDA: Claire
Castillon cache sous son minois de jeune fille bien élevée une personnalité trash et jusqu'au boutiste.
Une bonne nouvelle dans le monde des "starlettres"?"On peut se faire plaisir dans un magasin de vêtements, mais aussi dans une boulangerie." Cette phrase, qui n'est pas sans rappeler les proverbes de Confucius, est de Claire Castillon. La romancière -29ans, cinq romans, une pièce de théâtre et une relation hyper médiatisée à son actif- la sort face à la caméra, seule sur le plateau d'un studio de prod' modeste de l'Est parisien. Elle fait ainsi le lien entre deux reportage "sexy" de l'émission En attendant minuit qu'elle présente depuis quelques semaines sur TPS Star. La voix est monocorde, le regard, légèrement absent: pendant la vingtaine de minutes que dure l'émission, le spectateur n'aura droit ni aux intonations enjouées, ni à la bonhomie suspecte qui rendent d'habitude le PAF si accueillant. Il s'agit, décidément, de l'émission OVNI de cet hiver: un sexyzap version 2004 pour trentenaires solitaires, présentée par une vamp sur Codéine en fugue de l'hôpital Saint-Anne...Yeah, un show pour nous!
Depuis la sortie de son premier roman, le Grenier, en 2000, il y en a eu quatres autres ; on les a tous zappés. Mais pas ses apparitions télé. Claire Castillon s'y montrait chaque fois hypnotisante : sur la défensive chez Ardisson, mal à l'aise ailleurs, on devinait le "gore" qui devait se trouver sous ses allures de "girl next door". Quand j'allais à ces émissions, j'avais l'impression qu'un dédoublement s'opérait, comme si quelqu'un d'autre répondait à ma place", nous dit l'intéressé plus tard. "Claire a un côté "mutante" rajoute Marion Vernoux, qui vient de coécrire avec elle un scénario tiré de son deuxième roman, Je prends racine. Elle me fait aussi bien penser à l'actrice hollywoodienne Gene Tierney, vamp femme-enfant, qu'à Lassie, chien fidèle." Mmmmh...
Si se dorer sous les spots de la télé semble être devenu le but plus ou moins gaiement affichée par toute une génération de "jeunes" écrivains français (voir encadré), le cas Castillon mérite d'être traité à part. Voilà quatre ans, bien avant d'avoir sa propre émission, qu'elle esy classée, aussi bien par la France d'en bas que le bobo d'à côté, "people tendance PAF". Tous l'ont vue en couverture de Voici, du temps où elle était la "+1" de Patrick Poivre d'Arvor, rencontré au tout début de la promo de son premier roman. Et, maintenant qu'elle se voit offrir un job sur TPS (à 66% la propriété de TF1), la boucle semble bouclé.
"Les bousculades amoureuses conduisent à tout", écrivait le dadaïste Tristan Tzara en 1921, terré à Zurich. " Cétait la plus belle lettre d'amour que je pouvais écrire à l'époque à l'homme que j'aimais", nous dit Castillon, réfugiée au deuxième étage du Virgin des Champs Elysées, en parlant de son troisième roman, la Reine Claude. A sa parution au printemps 2002, aux éditions Stock, la presse people s'en empare. Normal: elle y parle d'un cinquantenaire présentateur de JT souffrant d'une tumeur au cerveau (qui ressemble à une prune, d'où le titre). Jean-Marc Roberts, boss de stock, s'en souvient: "J'ai marché, j'y ai cru. Je lui ai demandé comment allait son camarade." Il prend également soin de vérifier auprè de PPDA que la sortie du livre ne le gênera pas. Castillon: "C'est seulement après l'avoir publié que j'ai compris que ça allait être pris comme un truc fait exprès pour qu'on en parle. Mais il n'y avait pas de calcul de ma part, je n'ai cherché à pièger personne. Et Patrick l'avait lu avant, bien sûr."
En 2003, une deuxième explication du titre est avancée dans le fameux Nos délits d'initiés de Guy Birenbaum, toujours chez Stock: la "Reine" serait Claude Chirac -fille et conseillère en comm' de Jacques- dont les liens avec PPDA "n'ont jamais été évoqués clairement". Ce qui donne une lecture toute autre de certaines phrases, terribles, du livre. Et nous mène à réévaluer le fait même de l'avoir sorti: un geste crâne et punk, plutôt que calculateur et cheap. Les mois qui suivent sa parution sont troubles: Claire ne fait sa promo qu'à moitié, s'embrouille avec son éditeur, et le livre se vend à moins de 10 000 exemplaires.
Au printemps 2002, notre héroïne fait ce dont beaucoup rêvent : elle offre une paire de couilles
à un journaliste de Libération. Un matin ensoleillé, un colis contenant les testicules
d'un animal non-déterminé (chat? cochon?, la police n'est sûre de rien) arrive donc rue Béranger. L'heureux
destinataire est Philippe Lançon, brillant flingueur des pages "livres", et auteur d'une critique au
bazooka de la Reine Claude. "L'article de Lançon m'a fait mal mal mal. Je me suis dis: "Oh mon Dieu, on attaque
l'homme que j'aime!" En même temps, Lançon m'a rendu le plus beau des services : plus rien ne m'atteint, en
tout cas pas ce qu'on peut écrire sur moi." Elle lui écrit, il répond. Au cours de leur correspondance, il lui balance
une pique sur son "mauvais roman". "Ça m'a énervée. Et là j'ai quand même eu une idée
très drôle!"
Lançon devinant l'identité de l'expéditeur de ce pli couillu, appelle la police. Qui visionne la vidéo de
surveillance du bureau de poste d'oû le colis a été envoyé : on y voit Claire, affublée d'un gros bonnet ("j'ai
bien le droit de m'habiller en mémé, si je veux!") en train de poster son paquet. Elle est placée en garde à vue
au mois de décembre. "Une femme-policier est venue me dire qu'ils me relâcheraient si je présente mes excuses.
Mais comme à l'école on m'a appris qu'on ne faisait que des excuses quand on le pensait, j'ai refusé. On m'a renvoyé
dans ma cellule, puis ils ont fini par me relâcher." Quand le Journal du dimanche évoque l'incdent,
il ne livre pas son nom, mais parle d'une femme écrivain avec un ami influent... Protégée, Claire? "A l'époque ouais.
Il y avait sûrement des personnes qui me tapaient pas dessus en se disant qu'il fallait garder un bon contact...
Aujourd'hui, je pense que tout ça, c'est tombée. Ce qui est plutôt une bonne chose."
Mais d'où vient cette "Cl.C.", comme elle se nomme, perversement, sur la quatrième de couv' de
Reine Claude? Née à Boulogne-Billancourt, en 1975, l'enfance et l'adolescence se passent à Neuilly, comme
il se doit, mais aussi dans son "bled près de Marseille", ce qui se fait moins. Le père, ingénieur,
dirige les Recherches et technologies d'EDF, la mère élève les (trois) enfants. A 18 ans, elle a
sa première "crise d'angoisse","comme un évanouissement qui ne va pas jusqu'au bout". Elle
commence une psychothérapie, arrête, recommence, arrête de nouveau à la sortie
du "Grenier". "En gros, je ne suis pas sortie pendant deux ans. C'était une force inouïie.
J'ai mis du temps à l'apprivoiser."
A 20 ans, c'est la fin des études (deug de lettres de Nanterre), le début des boulots "sans portée mentale" :
hôtesse d'accueil etc. A 24 ans, c'est un manuscrit accepté par l'éditrice Anne Carrière. Le reste, on
connaît. Les "crises" - qu'on retrouve dans ses livres, catalogue flippants de ses peurs - reviennent de
temps â autres. "Je sais quoi en faire maintenant. Et j'en ai besoin, pour les livres."
En listant les raisons pour avoir accepté l'offre de TPS, elle fait un joli lapsus - "Ça me permet
de sortir de moi, euh...de chez moi" - avant d'offrir des raisons plus prosaïques : "Le fait que ça
parlait de sexe me bloquait. Puis je me suis dit : "Je tente, on verra bien." Ce n'est pas comme si je me retrouvais
à chroniquer des livres, avec tout le graissage de pattes que ça implique." Il est vrai
qu'avec cette émission, perdue dans le méta-monde du câble et du satellite, elle est hors-jeu du
parisianisme : nulle risque d'avoir â servir la soupe â une amie insistante ou â un ex ayant
pondu un roman médiocre.
Apparemment, les commanditaires sont heureux de sa manière antispectaculaire de présenter. "Je n'ai
pas l'impression d'être responsable d'une catastrophe nucléaire", en dit Jérôme Béglé, l'homme qui
a "sursurré" le nom de Claire au boss de TPS Star, Olivier Fisch. L'interessée : "Travailler sur cette
émission me donne de la liberté. Du coup, j'arrête de faire des piges à Gala ou Biba. Là,
j'avais réellement le sentiment de trahir mon ecriture. Ce que je fais ici ne ronge en rien ce que je pourrais
écrire." En clair : une fois par mois Claire enregistre les lacements de huit émissions.
A 1000€ ; l'unité, ça lui fait une journée à 8000€ , "un peu moins" que ses deux derniers
à-valoir chez Fayard, son editeur actuel.
Retour au dernier étage du Virgin des Champs Elysées. Les décas sont tièdes et une question nous taraude.
Euh..., pourquoi ces testicules à Lançon? Court silence malicieux, puis :
" Si je lui ai envoyé ça, c'était pour lui rappeler les deux "reines claude" du livre." Elle rit,
fière de son geste, et on tente de retrouver cette célèbre phrase d'Oscar Wilde : "Certains artistes
mettent leur talent dans leurs oeuvres. Et leur génie dans leur vie." C'est ça?
Laurence Rémila (article parue dans Technikart numéro 88)
On l'a vue à la une de certains magazines people. Elle a fait un moment partie de cette génération de jeunes romancières séduisantes que certains
éditeurs ont lancées, souvent moins pour leur talent d'écriture que pour leur beauté télévisuelle. De simples produits cosmétiques, élégants et jetables.
En ces temps difficiles, il faut bien trouver un argument pour être invité sur les plateaux TV ! Et on sait bien que, dans la société du spectacle, la forme
l'emporte sur le fond. Mais le lecteur traditionnel a de plus en plus tendance à rejeter pêle-mêle ces nouvelles icônes d'une littérature médiatique.
Après quatre romans, et encore quelques années avant de souffler ses trente bougies, Claire Castillon a su échapper à ce phénomène de mode et s'imposer comme une véritable romancière, à l'humour macabre, au style plein de dérision et de verve. Sa noirceur trancherait avec son beau visage si, en la regardant de près, on ne décelait en elle une de ces brunes mystérieuses et fatales qui auraient pu servir d'icône dans les « années folles ». Celle qui, en d'autres temps, aurait fait une belle héroïne de Chaplin ou une égérie de Van Dongen, surprend par une vision de l'humanité bien ténébreuse.
Faut-il chercher dans sa vie la source de cette inspiration ? Sainte-Beuve en serait pour ses frais. Claire Castillon est née à Neuilly. Elle a connu une enfance heureuse. Une famille aisée, sans ostentation. « On m'a toujours appris le sens des réalités. On était conscient d'avoir de la chance. » Beauté, calme et aisance ! De quoi désespérer un biographe, toujours avide de ruptures.
Avec Claire Castillon, le décalage est partout. L'auteur est une solitaire, une écorchée vive. On la croit mondaine, séductrice, fatale. Il n'en est rien. « J'aime être seule. Dans la solitude, je me suis trouvée. On souffre mais on grandit. » Elle cache, camoufle et colmate des brèches et des blessures qui sont invisibles. Même décalage dans l'écriture : un style élégant au service de l'horreur. Tout le contraire de cette littérature « trash » où l'ignoble est affaibli par la vulgarité du style. Chez elle, c'est par le style que se trouve l'espoir.
Claire Castillon est une vraie timide. Elle parle d'ailleurs généralement peu. « Je n'ai jamais su trouver les mots justes. C'est pour cette raison que je préfère écrire. J'ai toujours peur que mes propos soient trahis. » Trahison ? C'est l'obsession de toute une génération de jeunes femmes quand elles veulent jouer dans la cour des grands. Ou dans la Cour, tout simplement.
Comme tant de jeunes filles, elle a cherché les aventures, les dérives, les coups. Avec un oeil critique et acéré, elle a connu le triste monde des apparences quand on commence à peine à rêver d'autre chose. Car elle aime jouer avec le feu. Mais, toujours, elle a été ramenée, comme une vague, vers l'écriture. Une grande passion partagée avec un des plus brillants journalistes de la télévision a renforcé chez elle ce goût de l'intime. Ni nostalgie ni rejet pour les paillettes. « Le fait d'être un peu médiatisée m'a plus aidée que desservie. Mais on a quand même le droit d'être assez critique sur cet univers. »
Son oeuvre est une succession de cris. Cri de trahison, justement, dans son premier roman Le Grenier, où elle évoque la déchirure extrême après la passion. Cri d'amour comme dans La Reine Claude, où elle parle de la souffrance d'une fille qui aime un homme atteint d'une maladie incurable et qui croit pouvoir le sauver par son amour. Cri de solitude dans Je prends racine, où une jeune « vieille fille » glisse dans la folie de la solitude après avoir échoué à trouver l'amour. Cri de rage dans Pourquoi tu m'aimes pas ?, son dernier roman, décrivant l'impossible univers des autres.
D'où lui vient cette étrange inspiration ? Dans tous ces romans, on retrouve ses obsessions d'enfermement, d'angoisse, de solitude. Elle se dit hantée par ses souvenirs, comme des réminiscences d'un bonheur qui n'existe plus... L'enfer se construit-il à mesure qu'elle grandit ? Ne croit-elle plus au bonheur ? Elle a surtout renoncé à ce que la société en offre comme image appauvrie. « Le bonheur était l'apanage des sauvages, des indélicats », fait-elle dire à l'un de ses personnages les plus noirs. Il doit y avoir un peu d'elle dans cet aveu.
Claire Castillon cultive avec un humour macabre son monde intérieur comme d'autres font du jardinage. Il y a une distance à la Hitchcock dans son style ironique et réservé. « Elle finira par s'ouvrir », disait sa mère. Elle a mis du temps avant d'affronter les autres. Aujourd'hui, une certaine reconnaissance pointe le bout de son nez. Certains critiques ont écrit que son dernier roman, certainement le plus abouti, aurait mérité de figurer sur la liste des prix de la rentrée. Claire Castillon se tait. « Quand une conversation m'ennuie, j'ai acquis le droit de pouvoir me taire. » Elle reste prudente. Elle a plusieurs vies d'écriture, les romans, une pièce de théâtre, La Poupée qui tousse, des scénarios. Elle coécrit actuellement un film avec la réalisatrice Marion Vernoux autour de son roman Je prends racine et nourrit des projets avec le réalisateur Samuel Benchetrit. Mais son travail romanesque occupe l'essentiel de son temps. « Je ne crois pas que j'aurais pu avoir un travail normal. Dans mon code génétique, il doit y avoir des mots. »
Sa plume dépouillée, directe, sobre, d'une élégante émotion, vise le coeur, les sensations. Elle témoigne d'une chose : une profonde sincérité. Elle a prouvé que ses romans échappaient à cette autofiction dont nous accable une littérature narcissique. C'est peut-être là la clé de son rapport intime avec ses lecteurs.
25 mai 1975
Naissance à Boulogne
1995
Quitte la fac et enchaîne les petits boulots.
Septembre 2000
Le Grenier, Editions Anne Carrière, 1er roman de Claire Castillon
Septembre 2001
Je prends racine, Editions Anne Carrière, est le second roman de Claire Castillon
mai 2002
La reine Claude, Editions Stock, est le troisième roman de Claire Castillon
Août 2003
Pourquoi tu m'aimes pas ? Editions Fayard, est le quatrième roman de Claire Castillon
Août 2004
Vous parler d'elle, Editions Fayard, est le cinquème roman de Claire Castillon
6 novembre 2004
Claire Castillon présente la première de "en attendant minuit" sur TPS Star. Elle arrete la présentation
en juin 2005.
2 juin 2005
Sortie de 48 heures au Lutetia (Editions Scali). Un recueil de 8 nouvelles inédites par 8 écrivains
enfermés 48 h dans l'Hôtel Lutetia sur le thème du sommeil
11 janvier 2006
Sortie d'Insecte (Ed. Fayard). Un recueil de 18 nouvelles sur les relations mère-fille.
4 janvier 2007
Sortie d'On n'empêche pas un petit coeur d'aimer
(Ed. Fayard). Un recueil de 23 nouvelles sur les relations hommes-femmes.
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Les sous-doués de la littérature font de la télé, les surdoués, aussi.
Les sous-doués
Pas une saison télévisuelle sans que des écrivains se retrouvent chroniqueurs sur une chaîne câblée ou hertzienne.
Dernièrement on a pu voir Louis Lahner, auteur de deux romans ("Microclimat" et "Un pur roman") servir la chronique
à Adriana Karembeu sur le plateau de "Soyons direct", l'émission d'Emmanuel Chain. On avait déjà pu
constater sa soif de "faire de la télé" quand il s'était fait inviter à "Tout le monde en parle" en y accompagnant
Nicolas Rey, écrivain-chroniqueur qui lui sert de modèle en tout. Vu qu'il passe bien à l'écran, espérons
qu'il y trouve un job à plein temps : la littérature s'en remettra. Autres cas qu'on préfère savoir sur nos écrans
que dans les librairies: Florian Zeller ("Vol de nuit"), Constance Chaillet et Mazarine Pingeot ("Ça balance
à Paris")...
Les sur-doués
Faut-il sauver le soldat Weitzman? Capable de livres ambitieux et réussis ("Une place dans le monde"), on
se denande ce que Marc Weitzman font sur le plateau de "Campus", l'émission de Guillaume Durand : est-ce une illusion
ou est-il vraiment en train de voir son temps de parole reduire comme chocolat au soleil? Récemment, on le voyait faire
le journaleux pour une présentation enregistrée à l'avance d'un invité médiocre. Oh, Marc, quand t'as lu le
"Pourquoi s'en faire?" de Jonathan Franzen, ça t'as pas donné envie de quitter le PAF pour de bon ?
Autres surdoués qui n'ont rien à foutre là : hum, on cale. Charles Pépin?
L.R.