Maîtresse d'un homme marié, la narratrice ne supporte plus cette précarité. Amour, jalousie, solitude, provoquent un cataclysme dans son «grenier». Telle est l'image qu'elle a choisie pour désigner son «intérieur», son corps comme ses émotions. Elle contemple son désordre et, pour faire le tri, dresse l'inventaire de tout ce qui rentre et de tout ce qui sort. Digérer son enfance, gober ses souffrances, faire jaillir ses fantasmes, la jeune femme décline son autoanalyse sur le mode du vide et du plein. Le grenier tient du journal, tellement intime qu'il en met presque mal à l'aise. Mais, parfois, du bazar émerge une vérité brute. C'est un premier roman qui laisse espérer un deuxième, peut-être moins obsédé par le «moi».
Ça commence dans la haine, ou plutôt dans la "gerbe" comme dit la narratrice. Une haine tournée vers son amant, fuyant, menteur. Un amant en somme. Un amant plus âgé qu'elle "avale" et qu'elle vient "dégueuler" dans son grenier, long monologue, sorte de journal intime et secret, fourre-tout de la mémoire, où se cognent les souvenirs d'enfance, la relation au père et à la mère, et les douleurs amoureuses du jour. "Mon grenier est une panse ouverte dans laquelle macèrent les choses mortes, vivantes, douces, amères, chatoyantes, invisibles, qui poinçonnent ma vie. Mes fruits rongés par les vers pondent des larves." Un grenier dans lequel s'ajoutent toutes les revendications d'une jeune femme, qui s'ennuie les dimanches, jalouse de n'être pas la légitime, et qui ira jusqu'à coucher avec le fils de son amant, jusqu'à la maternité ! Claire Castillon signe là un roman juste. Juste dans l'air du temps. Trash comme il faut, entre Baise-moi de Virginie Despentes et La Nouvelle Pornographie de Marie Nimier (qui marquait cependant une distance à travers le jeu de fiction), avec des mots crus, hard. On y parle de foutre, de boule, de queue et de trou. Un vrai jeu de billard. Mais, au fil des pages, on se lasse du jeu, de ses provocations, comme s'il était, en fin de compte, joué par des amateurs. Bien sympathiques amateurs, certes mais amateurs tout de même.
Son premier livre, situé dans son ventre, est son jardin secret, la mémoire des meilleurs souvenirs et des moins bons... et de temps en temps il faut faire le tri. Son « grenier » est bien fouillis et elle y enfouit ce que les autres ne peuvent voir. Refuge extrême pour cette jeune femme sensible, instable, en quête d'amour. Un amour qu'elle n'a pas reçu de ses parents et qu'elle veut connaître avec Simon, mais lui a une femme et plein de mensonges. Alors il y aura d'autres hommes, mais toujours une grande solitude et le désir de combler le vide de son existence. Ce monologue, à l'écriture « coup de poing », est le premier roman de Claire Castillon. Il est fascinant, attachant, violent, scabreux, choquant, tout à la fois... mais c'est un cri du coeur.
Original et orgiaque
Pour un roman original, c'est un roman original. La narratrice monologue, fétichise, absorbe. Comme pour tromper l'attente entre deux visites de son amant, elle donne vie à son corps creux et à sa tête vide en avalant à tout va et en stockant dans son estomac les souvenirs comme dans un grenier. Remplir, toujours plus et avec n'importe quoi, de la gomme au permis de conduire, pour se constituer une existence ou effacer les erreurs -sans rien recracher surtout- deviennent ses obsessions. Histoire de régner sur sa vie et non plus de se contenter de l'ombre de Simon, dont l'intelligence, la complicité, les mensonges aussi la désarçonnent. Et quand remplir son grenier ne suffit plus, elle remplit son ventre en se jetant à la tête des hommes qu'elle rencontre sur son passage. Etonnant roman que ce monologue d'une écrivain de 24 ans qu'on lit comme un cri de révolte coincé dans le gosier, violent et contenu à la fois, qu'on dévore pour remplir sa tête de piment.
Magazine Littérraire :
"Elle a surtout le talent de faire passer à l'aide des mots les plus simples, même s'ils sont crus, les sentiments primordiaux." (Claude Mourthé)
Le Figaro Littérraire :
"Avec un cortège de mots crus et choisis, Claire Castillon publie un roman violent et sensible, aux accents très contemporains." (Nicolas d'Estienne d'Orves)
Figaro Magazine : "Et c'est avec un hachoir qu'elle vous décortique les affres de la jalousie." (Nicolas Rey)
Elle : "...avec son style cru et tendre, Le Grenier nous a envoûtées". (Monica Sabolo)
VSD : "Il y a dans ce premier roman une violence et un ton qui accrochent." (François Vey)
Paris Match : "La jeune femme est cinglée, mais sa détresse, rageusement mise en scène par l'auteur touche parfois au sublime." (Jérôme Béglé)
LCI dans l'émission LCA : "Claire Castillon [interroge] la littérature avec [son] écriture." (Daniela Lumbroso)
TOUT LE MONDE EN PARLE : "Vous publiez un livre qui est assez dérangeant, d'une grande violence, à la fois très cru et très littéraire (...) C'est un des plus étonnants roman de cette rentrée." (Thierry Ardisson)
Les femmes ont le cafard ! Déprime du célibat et faillite de la famille sont les thèmes qui font recette en cette rentrée littéraire. Les contes de fées sont passés de mode. « Un jour, mon prince viendra... » : cette citation de Blanche-Neige, en exergue du nouveau roman de Claire Castillon, annonce la couleur : le gris d'une salle d'attente. Car Cécile Valette est « toute seule », sans homme, sans passion, sans autre vie que son travail. En d'autres temps, on aurait dit une « demoiselle », une « vraie jeune fille ». Aujourd'hui, on dit plutôt une « vieille peau », un « thon » ; question de style...
La petite Cécile ne fait pas grand-chose de ses soirées, à part attendre un bel hidalgo qui n'existe que dans ses songes. Et lorsqu'elle en trouve un, il la besogne entre deux portes et se met ensuite aux abonnés absents ; question de style, une fois de plus.
Enfin, quand son patron abuse de sa faiblesse, il la fait mettre nue sur son bureau, jouer au chien-chien, donner la papatte (ici, le style n'est plus en question).
Charmant tableau, que le monde selon Claire Castillon. Un texte sec, sensible et intelligent, mais pas très joyeux. Loin sans faut.
Tout du moins, chez Castillon, y a-t-il une lueur d'espoir. L'aurore est triste, mais le ciel peut s'éclaircir. Tandis que chez Dominique Souton, c'est la fin des haricots. Le crépuscule des courgettes.
En exergue du texte, foin de Grimm ni d'Andersen, la romancière nous gratifie de saint Paul. Que dit ce brave homme ? En substance : le temps est limité, sauvons donc les meubles.
Et c'est bien là ce que pense l'héroïne du roman, dont le titre (fleuve) rappelle les heures glorieuses du cinéma français (genre Êtes-vous fiancée à un marin grec ou à un pilote de ligne ?).
Cette femme est mariée, mère de famille, mais réalise soudain que sa vie de couple est fondée sur le vide, le néant.
Le constat n'est en effet guère édifiant : elle a fait des études de linguistique, regarde Urgences et Ally McBeal, s'extasie sur Johnny Depp. Quant à son époux, il se balade en slip dans l'appartement, mange des radis, des concombres et des yaourts. L'enfer moderne !
Une maladie incurable, dont tous les remèdes restent inefficaces : cure d'anxiolytiques, longueurs de piscine, séances chez le psy, shopping en couple, renouveau sexuel, voyage de famille en Floride... rien n'y fait, le ressort est cassé. Le couple s'enlise et s'encroûte. Des momies.
Finalement, tout se résume en ces mots : « Je lâche son sexe pour mettre mes bouchons d'oreille. » Question de style, décidément...
COMMENT MON MARI ET MOI AVONS FAILLI SAUVER NOTRE MARIAGE De Dominique Souton Éditions de l'Olivier, 100 F (15,24 euros)
Un livre lu, simplement, un livre lu d'une traitre. Une jeune femme de 30 ans, sans grandes aventures, sans de vie que celle qu'elle rumine jour après jour, une jeune femme étouffée par son environnement, par ses parents, par son travail et par son désir, une jeune femme qui n'arrive pas à respirer, qui est retenue alors qu'elle rêverait d'aventures. Cette jeune femme a une brisure entre ses aspirations et ce que les gens extérieurs perçoivent d'elle, mais un peu comme nous tous. Brisure de symétrie entre leur image extérieure (celle qu'ils voient de nous) et notre image intérieure. Livre précis, simple et sympa bien que noir, très noir. livre qui nous ressemble tous un peu.
Cécile Valette est une jeune vieille fille de trente ans, enfermée dans un quotidien, fait d'habitudes, qui la sécurise mais qui l'empêche aussi de vivre. Sa vie est rythmée par son travail, elle est secrétaire de Monsieur Namar, le président, un travail bien tranquille qu'elle maîtrise parfaitement. Le soir, elle retrouve son chat Brutus et l'oiseau Calimero et ses petites manies. Ses pires ennemis sont le regard des autres, de sa filleule qui grandit et de parents trop aimants qui lui renvoient une image d'elle qu'elle déteste. Bien sûr, il y a la grande soirée de la société, le 28, où elle aimerait briller et puis elle tombe amoureuse de Maxime, le vétérinaire, et voilà son patron qui abuse d'elle ! L'histoire dérape un peu à ce moment-là. Mais rien n'y fait, elle prend racine dans sa solitude. Claire Castillon a déjà écrit un premier roman très apprécié (Cf. Le grenier, N.B. oct. 2000, p.1339). Ce second roman tout aussi minimaliste est touchant, drôle et impitoyable. L'auteur garde une plume alerte et poétique pour notre plus grand plaisir.
Le titre initial du second roman de Claire Castillon était « Vieille fille ».
L'auteur a changé, pourtant il convenait très bien à son personnage de jeune fille de
trente ans, naïve et décalée, dépendante de ses parents, un peu godiche, victime d'une société où il faut
à tout prix ressembler à une femme libérée. Un personnage en contre-emploi, ingrat en apparence dans lequel
l'auteur se glisse à merveille. La réussite du roman tient avant tout à la crédibilité de ce rôle rendu très
attachant, à la justesse de la psychologie de Cécile Valette et à l'humour des situations qui nous arrache des
fous rires.
Cécile Valette n'est jamais sortie de l'enfance, elle rêve au prince charmant et se donne un mal fou pour plaire :
cours de gym, achat d'une jupe "comme dans la publicité où une jeune femme court vers le soleil couchant", coiffeur,
"j'ai découpé dans un catalogue un chignon que je trouve pas mal", un vernis à ongles, une bague. Le décalage entre
ses tentatives de charme, ses illusions et la réalité fait sourire puis devient pathétique. Tout le roman tend en
sourdine vers on ne sait quel drame, une crise qui éclatera fatalement. Pauvre fille qui ne voit pas que les hommes
autour d'elle, le beau vétérinaire Maxime, puis son patron, ne cherchent qu'à profiter d'elle. Elle vit dans un petit
monde protégé, entre son oiseau Cali et son chat Brutus, elle appelle ses parents trois fois par jour, range son petit
intérieur, part au bureau retrouver ses collègues.
Observatrice, Claire Castillon a eu l'idée de ce livre en écoutant une conversation dans un bus. Elle sait repérer
les attitudes et démarches de ces filles un peu paumées et restitue avec justesse l'ambiance et la hiérarchie du
bureau où travaille Cécile Valette : le pot, l'exercice de l'incendie, les petites tâches, les jalousie... La vieille
fille reporte son affection sur ses animaux, nous fait partager ses petits bonheurs, battements de coeur, humiliations,
bêtises et folies douces : "les jours où je me sens très en forme, je m'offre un oléolé". Elle semble ne pas souffrir
de son sort, insensibilisée, gommée, soumise, elle espère sans chercher à évoluer. Ses réactions sont des plus
inattendues : aucune complaisance, aucun pathos lorsque la crise éclate. Lorsqu'elle se fait violer, elle regarde
par la fenêtre soucieuse, que personne ne la voit. Elle a un pied dans le XIXème siècle, un charme désuet qui n'opère
plus aujourd'hui. Tout son drame est là, alors qu'une demoiselle trouvait sa place au sein de sa famille, la solitude,
les impératifs de la réussite et du bonheur ne font qu'accentuer son désespoir.
L'histoire de Cécile Valette paraît simple : elle est dramatique, emblématique de notre civilisation. L'émotion naît
de ses espoirs constamment déçus d'être aimée : "Je voudrais avoir un homme avec deux grands bras de koala, sans égard
pour les méchants, plein d'amour pour ma tristesse", répète-t-elle. Claire Castillon nous laisse la liberté de
ressentir puisque sa narratrice exprime peu d'émotions. Nous en lui sommes reconnaissants. On retrouve avec plaisir
la folie de l'écriture du Grenier, les images originales, le ton personnel de ce jeune auteur à part. Ce portrait
tendre, en demi teintes d'une douce vieille fille et de sa vie quotidienne, ses coups de blues, ses compensations,
sa culpabilité, ses bouderies, nous plonge dans un univers enfantin, délicieux où le temps s'est arrêté, laissant
la place aux petits émois du coeur, à la poésie de l'instant.
Un roman émouvant et drôle, qui fait réfléchir sur la difficulté pour une femme différente de s'accepter et de
s'adapter face aux diktats imposés aux femmes qui les anesthésient : régime, consommation frénétique, stress,
libération sexuelle, mode... Un roman à rapprocher de celui d'Isabelle Sorrente L (Lattès), qui rejette une
société boulimique, une écriture qui confirme un talent fait de sensibilité et d'originalité.
Figaro Magazine : "Dans son style si particulier, ramassé, impitoyable, aigre-doux, Claire Castillon poursuit son analyse de la psychologie féminine contemporaine. Après l'amour fou dans Le Grenier, l'amour fuyant, l'amour comme un goûter qui laisserait des miettes impossibles à nettoyer. A nous de savoir les ramasser." (Jean-Christophe Buisson)
Elle : "J'ai trouvé comme ça, tout au long de ma lecture, des dizaines de très bonnes premières phrases de romans possibles." (Yann Moix)
Paris Match: "On s'attache vraiment à cette "jeune vieille fille", au point de partager sa solitude." (Jérôme Béglé)
L'Officiel : "Je prends racine est un conte très contemporain. Un conte doux-amer, où l'héroïne n'est qu'une secrétaire transparente à la lucidité aussi déconcertante que pathétique".
Questions de Femmes : "Plus guère de provocation ici mais davantage de poésie et d'humour. Avec, tout de même, toujours ce qu'il faut de cynisme et de folie... Pari réussi."
Réforme : "Claire Castillon, dans Je prends racine, dans ce roman écrit dans un langage d'urgence et de pris sur le vif des mots quotidiens d'une destinée désordonnée et presque absurde, fait saisir à ses lecteurs les dommages et les ravages qui blessent une femme dont l'isolement est à la fois un poison et une drogue, un malheur et une nécessité." (Joël Schmidt)
Si la reine-claude est ordinairement une prune, dans le troisième roman de Claire Castillon il s'agit d'une tumeur au cerveau qui ravage la tête d'un quinquagénaire, présentateur du JT à la télévision. La narratrice est une romancière de vingt-six ans éperdument amoureuse de cet homme en sursis. C'est elle, d'une voix chargée de reproches, qui nous raconte la lente chute d'un corps jadis en bonne santé, et qui relate cette passion promise par contrecoup à une mort prochaine. Sa longue confession qui s'adresse à son amant meurtri se meut au fil des pages en une longue traque verbale de la tumeur ronde et lourde comme un fruit trop mûr. «La reine Claude est une pute», écrit la narratrice, qui l'assimile plus loin à un Scotch sur lequel on ancre sa vie.
Paquet de haine qui avoue ne penser qu'à elle, la jeune femme évoque les voyages manqués, les rendez-vous secrets, les attentes déçues, les embarquements en avion, alors que les moteurs vrombissent déjà, les halls d'hôtel traversés comme des voleurs, car la popularité de l'amant, vedette du petit écran, est telle qu'il demeure contraint de soustraire aux yeux du monde son ultime parenthèse passionnelle. Clandestine dans la tête de sa victime, la reine Claude se confond par un glissement sournois à cette princesse du coeur que l'on cache par peur de la perdre. Peu de dialogues concrets, quelques bribes de conversation arrachées au filtre de la mémoire, La reine Claude est un monologue romanesque hanté par la souffrance physique et le poids de la faute originelle.
On sait que le corps, foyer de tous les tourments, demeure chez Claire Castillon l'objet principal de ses noires fictions. Les rapports douloureux avec un père assimilé à un sombre timonier, le désir d'enfanter une fille, que l'on appellera Rigoletta, cadeau du ciel permettant de se réconcilier avec sa féminité en miettes, sont autant de thèmes qu'aborde aussi en filigrane ce roman authentique et sans effets faciles, écrit dans l'ombre tutélaire du Claire de Jacques Chardonne.
Le gout des autres
Rumeur au cerveau
Une jolie seiche brune de 26 ans, nommée Claire Castillon, a une histoire d'amour qu'on voit dans certain magazine avec un célèbre et pervers séducteur
informatif de 54 ans, nommé Patrick Poivre d'Arvor. C'est leur affaire et celle du papier glacé. Mais la jolie seiche brune, qui a déjà écrit deux romans lui
établissant une réputation de Cendrillon arracheuse d'ailes, s'avise d'écrire une romance qui ressemble un peu, beaucoup, passionnément, à la folie (ou
pas du tout?), à la sienne: une jolie seiche brune de 26 ans, prénommée Claire, y a une histoire d'amour avec un célèbre et pervers séducteur informatif,
nom et âge non précisés, qui passe à la télé tous les soirs. Appelons-le P. P. a des enfants comme Patrick. Les femmes lui tombent dessus comme
Patrick. Il a écrit un livre qui s'appelle Un enfant sage, presque comme Patrick. Lequel a publié en 2001 Un enfant, histoire d'une jeune journaliste
célèbre qui... Mais passons. Enfin, Claire se plaint sans cesse de la «foule des cons» qui assiègent P., tout comme Patrick aime dénoncer les
mouches qu'il s'efforce d'attirer. Mais P. a, semble-t-il, quelque chose de plus que Patrick: une tumeur au cerveau grosse comme une prune, que Claire
appelle «la reine Claude», c'est le titre du livre. Oublions-le vite: Claire a la méchante ingénuité des jeunes romanciers qui jouent à s'arracher la peau
autour des ongles. Beaucoup de mots qui font la galipette, plein de petits détails sales et de formules fières d'elles mais cruellement inutiles, un
soupçon d'Angot, un zeste de Guibert, une pincée de Nobécourt, et hop, le tour est joué pour rien. Des livres comme celui-là, il en sort vingt par saison
et tous ont le même parfum: celui d'une fleur bleue qui se voudrait orchidée, et qui se croit auteur parce que sa plume écorche le corps et frotte l'intimité.
Intimité, oui, mais jusqu'à quel point? Ici, l'éditeur, Stock, intervient: il rappelle aux journalistes qui l'ignoreraient encore que Claire est l'amie de Patrick.
Claire, dont le charmant visage couvre la jaquette entière. De là à penser que Patrick, comme P., a une tumeur, il n'y a qu'un pas que «la foule des
cons» franchit. La rumeur au cerveau peut faire vendre le livre. En tournée publicitaire à la télé, Claire est ambiguë comme, en son temps, Mazarine
Pingeot. Elle s'effarouche froidement. Elle fait honte au client que son ouvrage hybride aguiche. Elle prend des airs interdits, presque moraux, face au
qu'en-lira-t-on que son éditeur et ses demi-réponses alimentent. Pendant ce temps, Patrick gît chaque soir au JT de 20 heures et publie, dans le Figaro
Magazine, un reportage andin, où on le voit franchir à cheval «plusieurs rios glacés (8 degrés)» et prendre des notes «avec un stylo... aux armes du Petit
Prince». Est-il malade, ne l'est-il pas? Achetez le livre, vous n'en saurez rien. Mais on imagine volontiers cet audiovisuel Valmont relire en riant, sur le
corps nu de sa petite Volanges, les épreuves du roman inerte qu'elle va publier.
« Je suis pour qu'on ne te débranche pas, je suis pour aller contre ta volonté, je suis pour ton entier amoindrissement, tu seras diminué et j'en redemanderai. Je me fiche de ton enfermement. Si vraiment ça te démange, je fixerai des roulettes au lit et je t'emmènerai courir au bois. » Claire Castillon ne tourne pas autour des mots. Elle l'avait déjà prouvée dans Le Grenier son premier roman, l'histoire d'une fille qui transformait son vagin en réserve à souvenirs de son amant. Cette fois c'est autre chose. Quoi que... La narratrice est éprise d'un personnage public, plus âgé qu'elle et atteint d'une tumeur au cerveau, cette méchante reine Claude. Ni l'un ni l'autre n'ont envie de se perdre. Commence alors une course contre la montre, au cours de laquelle tout est magnifié et enjolivé. Les sentiments sont poussés à la catharsis, et l'intimité entre ces deux êtres prend une densité hors du commun. Le livre est truffé de scènes amusantes : les descriptions du comportement des braves gens face à une star. Gaffes, remarques indécentes, veuleries, mépris complet pour les personnes qui entourent la vedette, Claire Castillon prend plaisir à détailler ces attitudes qui allègent une histoire souvent dramatique et noire de ce roman plaisant et aux incontestables qualités d'écriture.
La bombe de Claire Castillon "C'est un récit dérangeant qui fait couler beaucoup d'encre. La romancière Claire Castillon vit, on le sait, une passion dévorante pour Patrick Poivre d'Arvor. Dans son nouveau roman, autobiographie à peine déguisée, elle fait une stupéfiante révélation : une tumeur maligne, mais peu évolutive, grosse comme une reine claude, se serait incrustée dans le cerveau de son amant, un célèbre présentateur télé... [...] Avec ce récit juste, oscillant sans cesse entre dérision et gravité, folie et drôlerie, Claire Castillon nous bouleverse. Et nous laisse sans voix lorsqu'elle décrit les souffrances stoïques de son homme public mais ô combien pudique. Lorsqu'elle défie un destin qui s'assombrit : Tu ne mourras pas. Je t'aime. Poignant comme un adieu impossible."
Après Le Grenier et Je prends racine, Claire Castillon change de registre et dévoile son secret, racontant au jour le jour l'évolution de la maladie de l'homme qu'elle aime. Une intruse, une tumeur maligne mais peu évolutive, grosse comme une "reine claude", s'est incrustée dans le cerveau de son amant, un célèbre présentateur télé, plus âgé qu'elle. Envie de la tuer, de la fracasser contre un mur, de la dévorer... Comment se débarrasser de cette sale "pute" ? Savoir toute la vérité, tout partager, conjurer la séparation avec la force du désespoir : "Je pense à ton enterrement, où je n'irai pas (...) J'essaie l'absence." Aura-t-elle assez de force ? Elle y croit, rassemble une gerbe de souvenirs, se passe leurs vieux films, imagine Rigoletta la petite fille qu'ils voulaient avoir ensemble. Dans cette lettre à son amour, ce cri de détresse, l'écrivain dit toute sa douleur, sa peur, sa rage face à l'insoutenable arrachement annoncé. Entre dérision et gravité, folie et drôlerie, Claire Castillon passe des caprices d'enfant aux délires joyeux, mais son texte, sous-tendu par l'urgence, sonne juste, terriblement authentique. Si elle agace par son mépris pour ces "cons" de badauds, sa condescendance, elle bouleverse par sa passion pour cet homme qui ne se plaint pas, qui part la tête haute. Possessive, elle donnerait sa vie pour sauver la sienne : il ne lui reste que les mots, "petit sillon discret recroquevillé dans ta trace et givré dans ton souvenir." Un récit poignant comme un adieu.
Claire Castillon signe un récit mordant, entre dérision et ténèbres
Dans la liste des romans de l'automne qui auraient mille fois mérité de figurer parmi les éventuels lauréats d'un prix littéraire, eu égard à leur talent flagrant, leur originalité rare, leur humour cinglant, leur insoumission viscérale, il y a celui-ci, à la verve bête et méchante, comme savaient l'être les dessins de Reiser et les chroniqueurs rageurs de la revue défunte Hara Kiri.
On la soupçonnait hier de liaisons dangereuses avec l'autofiction. Voilà Claire Castillon, pied de nez, dans la peau d'un gamin de 13 ans, vengeur, meurtrier, fou à lier. Ballot grassouillet et pensif dans la cour de l'école, cet affreux jojo grandit avec un handicap. Ses parents ne s'aiment pas. Le père, chair molle, nez luisant, est otage d'une femme boudinée, jalouse, ivre de Scrabble, qui casse les assiettes.
C'est un couple déglingué, qui se chamaille. Mal dans sa peau, le mari traîne ses membres lourds avant de rentrer. « Tu veux une tisane ? », lui dit la poison quand il rentre du travail. « Non merci. » « Je t'en fais une quand même. Il faut que tu boives, sinon tu vas avoir mauvaise haleine. »
Le môme regarde père et mère « se débattre chacun dans son genre misérable ». Il a « l'impression d'avoir cent ans ». Rompu aux douleurs quotidiennes, il simule « un parfait détachement envers ces sournoiseries ». « J'ai été monté à l'envers », dit-il. Le « cerveau en pagaille ». Il se choisit des amis aveugles, sourds ou bizarres, et une devise machiavélique : « Si on m'aime, je n'aimerai pas, si on ne m'aime pas, je me roulerai par terre, de rage, et nu pour qu'on me voie. » Il veut une revanche, être maître du monde ou assassin.
Un sorcier maléfiqueLe petit monstre grandit, sorcier maléfique. Découvrant que son père a une maîtresse et un enfant caché, il étouffe le nourrisson et laisse son père, accusé du crime, crever en prison. Sans revenus, sa mère s'épuise à faire des ménages : il lui achète du rouge à lèvres et la pousse à se prostituer entre deux repassages.
Repoussé par une copine qu'il avait sadisée, il épouse une fille riche qu'il trompe et méprise, oublie leur nouveau-né hurlant dans le local à poubelles d'un parking. Il mime la dépression, s'invente une sclérose en plaques pour éviter le divorce, engrosse son ancienne camarade de classe, viole la tante de son épouse pendant une croisière sur le Nil, et tombe entre les mains des psychiatres.
Imperturbable, douée d'un sens de la dérision qui n'est pas sans évoquer Alphonse Allais, Georges Fourest et Jean Forton, cette malicieuse Claire Castillon orchestre ce déluge de mauvais esprit et d'horreurs provocatrices avec une assurance sidérante. Ce récit mordant, dont on s'amuse, trahit une ténébreuse vision de l'humanité.
Imperturbable, douée d'un sens de la dérision qui n'est pas sans évoquer Alphonse Allais, Georges Fourest et Jean Forton, cette malicieuse Claire Castillon orchestre ce déluge de mauvais esprit et d'horreurs provocatrices avec une assurance sidérante. Ce récit mordant, dont on s'amuse, trahit une ténébreuse vision de l'humanité.
La société « avait fait de moi un hors-la-loi, un laissé-pour-compte. Le bonheur était l'apanage des sauvages, des indélicats », souffle-t-elle à l'oreille de son narrateur, mais sans que jamais on ne soit sûr qu'il ne s'agit pas d'une parodie, d'une pirouette. Le désespoir, chez Claire Castillon, a l'élégance du burlesque, de la gaudriole. Son héros clôt son cri d'insurrection existentielle (ou de malveillance) par un ultime pied de nez : « Je voulais que, dans mon cercueil, on m'installe sur le ventre, les deux poings serrés sur le nombril. Mon nombril. Je prendrais ensuite l'éternité pour essayer de défaire le noeud. »
Un des très savoureux romans de cette rentrée 2003. Autant aller droit au but : Claire Castillon écrit bien, haut et fort. Pourquoi tu m'aimes pas ?, son nouveau roman, est efficace et délirant, trépidant, surréaliste et perturbant.
Claire Castillon a l'humour vache et les échappées belles. Pourquoi tu m'aimes pas ? est l'histoire d'un type
qui se pose cette question. Un enfant étonnamment lucide qui découvre que son père trompe sa mère et
lui a fait un gosse dans le dos. C'est là où cet être pervers et calculateur aurait pu planter le couteau. Ce sera
l'étouffement pourtant qui servira d'expédient pour se débarrasser de ce môme dont la naissance a
volé une part du désir paternel.
C'est affreux. Ca commence comme ça et pire, au loin, à travers les pages, le noir se durcit jusqu'à
l'enfermement. Le narrateur, tour à tour démissionneur avec bras d'honneur de l'innocence,
père de brutalité et de cynisme, mari cuirassé de certitudes cruelles et violeur de vieillesse à
l'agonie, se démène pour blesser. Sa femme Patricia, choisie au gré de caresses sur les bancs de
l'école, sa mère qu'il force à se prostituer, son père qu'il laisse accuser
du meurtre du bébé haïssable, chaque personnage est scalpé par une méchanceté froide et implacable.
C'est sûr, le questionnement sur le sens des rapports humains prend ici toute sa place.
Le pourquoi est primordial. Pourquoi une mère plus qu'elle-même cède aux moindres atermoiements matériels et si
sa vie conjugale n'est qu'une vaste escroquerie, pathétique exercice d'auto-conviction ? Pourquoi une épouse
ou une femme, si son seul but est de satisfaire votre bienheureux souhait sans vous nourrir de ses
résistances et halos de volontés ? Pourquoi un môme dont tout le monde se fout à commencer par ses propres
géniteurs qui ne voient en lui que le reflet de leurs indécrochables et obsessionnelles ambitions ?
Cette capacité à sonder son âme est une des grandes forces du sombre héros de Pourquoi tu m'aimes pas ?
Il est répugnant, mais incarne les visages communs de la médiocrité. S'il n'a pas de prénom inscrit,
ce n'est que pour mieux exprimer ces rôles de caméléon dans lesquels on se faufile subrepticement,
parfois sans aucun battement de coeur, pour répondre à des « il faut, on doit, c'est mieux. »
Ce personnage a cette force-là, cette force précieuse qui le rend si touchant : il est vrai.
Au plus profond de sa chair, sans se résigner à restreindre ses tripes au politiquement correct,
il y va. C'est obscène, ce manque de conscience, et dans le même temps, l'humour du "je" et
l'incroyable sentiment d'être sans se travestir le rendraient presque désirable.
Où serais-je moi-même tombée dans la folie à trop croire à sa bonne foi ?
Le style, quant à lui, ne gâche rien. Les formules courtes façonnent l'image d'un monde essoré.
Virulente, sanguinolente, l'écriture de Claire Castillon procure allégresse et addiction.
Faudrait-il expliquer davantage pourquoi nous l'aimons tant?
« Il s'arrête chez le poissonnier pour caresser une anguille ». Ainsi commence le roman de Claire Castillon,
Pourquoi tu m'aimes pas ? « Je voulais que, dans le cercueil, on m'installe sur le ventre,
les deux poings serrés sur le nombril. Mon nombril. Je prendrais ensuite l'éternité pour essayer de défaire
le noeud ». Ainsi se termine le roman de Claire Castillon. Entre ces deux phrases, 200 pages d'un exercice
littéraire redoutable et génial à la fois : l'absurde raconté façon british, comme si tout était parfaitement
normal. L'absurde et l'horreur, car le charmant garçonnet que l'auteur met en scène a tué, violé, etc.
La perversité devient l'ordinaire, et les gens simples, mais vaincus d'avance, des handicapés que le monde dépasse.
Claire Castillon, qui malgré sa jeunesse est loin d'en être à son premier roman, manie le
mot avec une maestria qui n'est pas sans inquiéter : elle vous raconte l'horreur avec une fausse
simplicité : dans le Grenier une jeune fille se mettait à ingurgiter des objets. Dans La reine Claude est
une pute, la narratrice, éperdument amoureuse d'un homme racontait la lente chute d'un corps jadis en bonne
santé. Le corps, cette guenille, n'encombre pas les héros de Claire Castillon qui le dédaignent avec un souverain
mépris.
Pourquoi tu m'aimes pas ? Nous, on aime.
« Ma mère lui tient froid. Elle a chaud, elle transpire, la pauvre, à force
de lui tendre de l'amour, qu'elle dit, qu'elle croit, et qu'il ne prend plus.
C'est qu'ils vivent un amour qui ressemble à l'ennui, une étape imbécile, à
deux, à se chamailler. Je crois qu'elle l'aime parce qu'il le faut. Lui reste
pour l'enfant, l'enfant bientôt jeune qu'ils ont eu finalement. Ta mère avait
un ventre qui perdait les enfants, me raconte mon père, les jours où ses soupirs
s'enchevêtrent de mots. Sa jalousie du début, des premières années du mariage,
la rendait nerveuse, c'est mon père qui raconte, que son ventre, de peur d'être
trompé, commençait le travail trop tôt. On appelait, il accourait, l'hôpital,
la maison, elle perdait les enfants et ils remettaient ça »,
tel est le deuxième paragraphe du quatrième roman de la délicieuse Claire Castillon.
Voilà quelques longs mois que j'attendais avec impatience la sortie de son nouveau roman,
Pourquoi tu m'aimes pas ? Car, il faut bien l'avouer la jeune et jolie demoiselle a le don pour vous
faire vivre des émotions fortes, intenses, voire même violentes. Je ne cesse de me poser la question
suivante : comment du haut de ses 28 ans, avec un tel visage angélique, une jeune fille peut-elle
décrire parfaitement la souffrance, le désarroi et une multitude d'atrocités ?...
Oui, je vous le demande comment ? Il semblerait que la Demoiselle Castillon en connaisse la recette...
Quoiqu'il en soit, une nouvelle fois, Mademoiselle Castillon vous nous offrez une petite merveille
et pour cela je tiens à vous dire merci. Votre plume se veut légère, aérienne, votre histoire nous
donne la chair de poule, et les sensations que vous nous décrivez sont parfaites à visualiser...
quant à vos personnages, ils se veulent excellents dans leur triste rôle...
La perversité est au rendez-vous... et on adore...
En un mot, vous avez su mélanger tous « les ingrédients nécessaires », très habilement, de sorte que
le résultat est une véritable douceur à « digérer ». Merci mille fois...
Mais revenons à vos 206 pages : un univers glauque, une famille qui part à la dérive... et au milieu un enfant,
le narrateur. A cela, vous rajoutez une bonne dose de cruauté et l'éternelle phrase
(qui hante bien trop souvent l'esprit de tout un chacun) « Pourquoi tu m'aimes pas ? » Ah çà,
Claire, permettez que je vous appelle Claire, on peut dire que vous savez toucher les gens en plein coeur !
Un tel titre est forcémment remarqué ! Chacun, en l'achetant, croira peut-être, trouver un bout de son histoire...
Mais c'est là, qu'il y a subterfuge et que vous êtes très maligne...
A peine âgé de dix ans, le narrateur subit ses parents (et oui pour reprendre les propos d'une personne que j'aime
beaucoup « tout le monde n'a pas la chance de naître orphelin ! »). Il grandit au milieu de la peur.
Chaque jour est une lutte pour lui. Chaque jour, en se levant, il s'inquiète de savoir si ce ne sera pas le
dernier, et si ses parents ne finiront pas par s'entretuer d'ici la nuit tombée... Le lundi ressemble au
mardi, qui n'est, au bout du compte, lui aussi, qu'une pâle copie du mercredi et ainsi de suite...
Chaque jour, rime avec violence et angoisse... Le couple se détruit jour après jour... Et pourtant...
Et pourtant, une chose apparaît comme évidente : c'est que même si dans cette famille, le verbe « aimer »
ne se conjugue pas, on ne peut s'empêcher de vivre accrocher les uns aux autres.
Pourquoi ? Aucune explication, c'est un fait avéré...Et puis voilà qu'un jour, une toute petite
goutte fait déborder le vase ! Il y a un trop plein de tout. Un « pétage de plombs » :
le héros décide de prendre sa vie en main, en étouffant le fils adultérin de son père et
mieux encore, en faisant inculper ce dernier. A partir de ce moment, la « machine infernale »
est en marche, et les choses ne pourront aller qu'en empirant.
Le narrateur devient un véritable monstre, un être nourrit de haine. Il surpasse alors ses propres parents dans
l'art de pourrir la vie d'autrui ! A l'adolescence, il ne s'arrange guère : la méchanceté
ne fait que grandir en lui. Adulte, il tétanise de peur quiconque s'approche de lui. Le voilà devenu
plus tyrannique que jamais : s'imposant comme chef de famille, il pousse sa mère à se prostituer afin
d'améliorer leur quotidien. Le voilà devenu manipulateur intransigeant.
Paradoxalement, il n'arrive pas à comprendre pourquoi la jeune fille qu'il aime le déteste...
Sa candeur égale sa perversité...
Je ne vous en dis pas plus et vous invite à vous procurer le plus rapidement possible
Pourquoi tu m'aimes pas ?, dernier roman de Claire Castillon. Chaque page tournée est à la
fois brillante et étonnante... Claire Castillon fait partie de ces personnes, qui, lorsqu'on met un stylo
dans leurs mains, sont capables de nous transporter loin de la réalité.
Elle décrit la perversité comme un mal ordinaire.
Retrouvez dans la rubrique "Interview : Face B", l'interview de Claire Castillon par Bérangère Eandi
Itinéraire d'un enfant haï
Cruautés et horreurs domestiques. Un roman féroce, mais fort comme du Hitchcock
Méfions-nous des frustrés. Si la société leur refuse le meilleur, certains d'entre eux commettent le pire. C'est le cas du héros de Pourquoi tu m'aimes pas?, monstre juvénile au charme noir, petit enfant du siècle infréquentable, mais terriblement attachant. Au collège, on l'appelle «l'autiste», cet adolescent menteur, fainéant et mal embouché qui n'aura jamais accès ni à l'amour, ni à l'insouciance, ni à la faculté de médecine. A 13 ans, il sait déjà que le monde n'est pas tendre; l'avoir appris jeune aide à grandir. Sa règle du jeu, dès lors, est fort simple: si on l'aime, il n'aimera pas; si on ne l'aime pas, il se roulera par terre. Et sa vengeance contre tous, parents, proches ou étrangers, sera meurtrière.
Le gamin découvre-t-il que la maîtresse de son père a un bébé, il étouffe le nourrisson, et laisse accuser l'auteur de ses jours. Celui-ci en prison, sa mère se retrouve sans ressources. Le garnement en fait illico une prostituée à domicile, qui repasse entre les passes. Les femmes? Puisque Laurette, sa copine de classe, le snobe, il épousera Patricia, fille riche qu'il méprise, exploite et trompe. Mieux: il oublie leur nouveau-né dans un aéroport et s'invente une sclérose en plaques pour susciter la pitié de sa belle-famille. Quant à tante Paule, vieille dame coquette, il la dévalise lors d'une croisière sur le Nil après l'avoir violée. Ce délicieux personnage finira, plutôt satisfait de son sort, comme Camille Claudel...
De Claire Castillon, qui fit parler d'elle avec Le Grenier (Anne Carrière), on savait que sa plume n'avait pas froid aux yeux. Elle ne nous en avait pas pour autant préparés à un tel catalogue de cruautés et d'horreurs domestiques, improbables sans doute, mais savoureuses comme des péchés mortels. Chaque page, cinglante, de ce roman rapide et férocement drôle illustre la leçon de Hitchcock: plus le méchant est réussi, plus l'ouvrage a des chances de l'être aussi. Il y a dans sa peinture d'un pervers ordinaire une verve, un humour macabre et une dérision rares. Pourquoi tu m'aimes pas?, c'est un peu l'histoire du sale gosse qu'auraient eu Christiane Rochefort et Reiser, maîtres très regrettés de la misanthropie joyeuse.
Il y a des rencontres, comme ça, dans la vie, qu'on aimerait bien s'épargner. Comme celle de ce gosse, apparemment original, espiègle, un "p'tit con" pour son père, le chéri de sa maman. En marge à l'école, campé sur ses convictions au lycée, j'm'enfoutiste au travail et, de bout en bout, amoureux béat et obstiné d'une même femme. Accroc, tenace, héros des causes perdues, et rongé par une irresponsabilité terrifiante qui s'étend du meurtre à l'abandon d'un nouveau-né dans un parking. Sans jamais tomber dans le burlesque, l'exagération, Claire Castillon réussit là un tableau doux et amer de la folie, soulignant au passage les caractères tendres et cruels de l'enfance, s'appliquant à créer des personnages denses (le père en raté, la mère réduite à se prostituer) dans un milieu social humble et vaincu à l'avance. Le tout avec un style cassé, froid, tel un médecin légiste analysant une dépouille, distant et un regard drôle, qui n'est pas sans rappeler Howard Buten dans Quand j'avais cinq ans je m'est tué.
À l'approche de Noël, il n'est pas inutile de vérifier ce qui se trame dans le cerveau des enfants. Chez Christophe Donner et Claire Castillon, ça fait froid dans le dos.
SAMUEL a dix ans. Il habite le passage d'Odessa au coeur du quartier Montparnasse, « la maison qui est au fond, très belle, couverte de vigne vierge ». Une maison beaucoup trop grande pour sa mère -institutrice- et lui, depuis que son père est mort, pendant la semaine de Noël, après une chute du toit. Nous sommes dans les années 60, le secteur est en pleine ébullition : on y construit une tour gigantesque, 54 étages, la future... tour Montparnasse. Pour Samuel et sa maman, l'expropriation est en vue, mais ils sont bien décidés de ne pas se laisser faire. Un groupuscule d'activistes va les aider. Le pot de terre contre le pot de fer...
Une histoire qui finit mal, dans le sang, avant que la lumière n'inonde cet ange maléfique
Ces années grises, entre l'absence de son père, la tristesse de sa mère, les bouleversements du quartier, sont aussi celles de l'adolescence de Samuel. Il grandit sans joie, sans innocence, en suscitant le trouble des adultes qui le côtoient. Samuel est beau, l'image du péché, des hommes lui tournent autour et il joue avec eux. Atmosphère, atmosphère. Ça va encore se compliquer : la mère est hospitalisée, Samuel rêve de dynamiter la tour. En prison, la tentation se fait sexe. Quand il en sort, il devient en quelque sorte le fils adoptif d'un couple étrange. Une histoire qui finit mal, dans le sang, avant que la lumière n'inonde cet ange maléfique, grâce notamment aux livres, « le peuple des mots qui envahit mon lit », une façon de vivre sa solitude, sa marginalité. Ne reniant rien de son formidable cocktail de tendresse et de férocité, d'impudeur et d'élégance, Christophe Donner quitte, avec Ainsi va le jeune loup au sang, le terrain de l'auto-fiction. Certes, la confession n'est pas loin, les souvenirs sont à vif, mais nimbés d'une douce mélancolie (le charme de l'invention sans doute...). Malgré quelques longueurs, son récit est d'une subtilité, d'une sincérité et d'un courage rares.
Claire Castillon est de la même race que Christophe Donner. Le lance-flammes est sa plume, mais sans rien abdiquer de belles ambitions littéraires. Chez elle aussi, il est, dès la première phrase, question de père et de loups («Quand je regarde mon père, cette chair molle livrée aux loups, ma gorge se noue»), d'une famille éteinte («C'est qu'ils vivent un amour qui ressemble à l'ennui, une étape imbécile, à deux, à se chamailler»). Ici, l'enfant à 13 ans, mal dans sa peau, mais pas désespéré : « Je suis peut-être de ces garçons réservés qui profitent de leurs douloureuses années scolaires pour tirer leur épingle du jeu. J'ai l'étoffe d'un président, d'un chef d'armée. J'ai peut-être même un pouvoir magique, moi le ballot grassouillet et pensif qui, dans les cours d'école et de collège, invente le futur de sa vie ». L'enfant sage, effacé, sait en effet se montrer intraitable. Quand il découvre son père en compagnie de sa maîtresse et de l'enfant qu'il a eu d'elle... il assassine le bambin. Même sort pour Rodrigue, un caïd de la cour de récréation, qui a eu le tort de donner la main à Laurette, dont le narrateur est amoureux.
L'enfant sage, effacé, sait en effet se montrer intraitable
Cet amour sera d'ailleurs le fil rouge de sa vie. Il va harceler sans trêve la jeune femme. Elle ne veut pas de lui. Il ne s'en émeut pas. Pour donner le change, il se marie à Patricia, riche et plutôt niaise, qui lui fait un enfant dont il ne veut pas. Tout cela également ne peut que mal finir.
Claire Castillon, comme Christophe Donner, réfléchit sur le lien entre l'extravagance de l'enfance et les mêmes comportements taxés de folie à l'âge adulte. On trouvera toutes sortes d'excuses aux « bêtises », même les plus cruelles, d'un gamin. Est-ce une bonne chose ? L'enfance, comme l'écrit Claire Castillon, c'est bien là où l'on apprend « le mensonge, la méchanceté, l'égoïsme, la colère, les mauvaises pensées ». Beau programme. Joyeux Noël !
Inclassable, vertigineux, le dernier livre de Claire Castillon séduit dès son titre: Vous parler d'elle. «Elle» qu'on poursuit jusqu'à la dernière page, dont on découvre l'intimité la plus touffue sans jamais pouvoir lui donner un visage. «Elle», c'est cette petite fille qui se cache sous le toit de sa maison pour se protéger de ses fantasmes et de ses cauchemars, ou au contraire pour s'y livrer tout entière. C'est aussi, et dans le même temps, une femme amoureuse et désabusée, assujettie à un homme qu'elle n'appelle pas autrement que le Menteur. Des enfants, elle en a eu sans les aimer. Tellement peu concernée par la maternité qu'on se demande si finalement ce n'est pas la petite fille qui s'imagine être mère. Ou la vieille femme, en bout de course dans sa maison de retraite qui se remémore le passé et mélange ses voix intérieures. La petite fille a cent ans. Elle veut être la reine de son papa, évincer la grande soeur et se débarrasser de l'insignifiant petit frère; aimer puis détester sa mère pharmacienne à la féminité insupportable et aux relents de médicaments. Elle imagine les hommes toujours armés d'une virilité inquiétante, violente, tentante. Les fantasmes s'imbriquent en poupées gigognes, mais c'est toujours le même «je» qui parle. L'enfant à l'imagination erratique est aussi une adulte qui dérape dans des délires ricanés, hurlés, chuchotés. Amusant et terrifiant à la fois. Deux solutions s'offrent au lecteur: se laisser emporter par la petite voix qui raconte en choisissant son monde à chaque phrase. Ou alors rassembler toutes ces bribes d'histoires, de chair et d'émotions pour se boutiquer une histoire à peu près normale: celle d'une jeune femme intensément délirante qui vit tous les âges de sa vie en même temps, planquée dans une soupente.
Ce texte est un voyage qui brasse réalité et désir en un fantasme mouvant, un flux et reflux de la raison. Pourtant, on ne se perd jamais dans ce kaléidoscope qui disperse le portrait d'une femme en mille morceaux. Mot après mot, sans pause ni concession, Claire Castillon construit un délire méthodique, ravageur. Elle n'a pas 30 ans, elle est redoutable. Avec Vous parler d'elle, elle aboutit magistralement ce qu'elle ébauchait dans Le grenier.
Détache-moi!
Pas si folle, la guêpe! Son recueil de nouvelles - intitulé Insecte - a beau mettre en scène des personnages tous plus dingues les uns que les autres, Claire Castillon, elle, n'a jamais vraiment perdu le nord. A 30 ans et en cinq livres inégaux, cette romancière à la mine d'ange et à la prose de démon a su comme personne tirer sur la ficelle médiatique pour sortir de l'anonymat. Longtemps maîtresse d'un célèbre présentateur de télévision, puis prêtresse d'un programme érotique sur le câble, cette habituée des rubriques people aurait presque fini par nous faire oublier que derrière ses postures il y avait une fêlure. Et de l'honnête littérature, ainsi que le confirme ce recueil d'une vingtaine de textes courts, comme autant de contes cruels dédiés aux relations mère-fille.
Déjà, dans Pourquoi tu ne m'aimes pas? ou Vous parler d'elle, l'auteur passait en revue les horreurs domestiques, ces inextricables relations familiales tissées à la manière de toiles d'araignée, de pièges à sentiments et ressentiments. Mais, là, Castillon se déchaîne. Et sa galerie de portraits, semblant tout droit sortie d'une rubrique de faits divers, fait mouche. Une mère tente de devenir la meilleure amie de sa fille, une autre gave la sienne de médicaments, une autre encore cherche à la transformer en semi-putain, tandis qu'une dernière veut se débarrasser d'une de ses jumelles sur le périphérique. Et les filles ne valent guère mieux: quand elles n'insultent pas leur mère ou ne l'humilient pas, elles en ont honte, allant elles aussi, parfois, jusqu'à tuer.
Le lecteur devrait être accablé face à tant d'ignominies ou bien hurler à la caricature. Or le contraire se produit. Ecrivant serré et visant juste, Castillon n'hésite pas à user du registre loufoque (un combat de catch féminin dans un océan de choucroute, un suicide par suppositoire!) pour illustrer, dans toute leur complexité et leur trivialité, ces déviations de l'amour toujours taboues. Un univers et un ton qui rappellent - sans les égaler - ceux de Régis Jauffret, prix Femina 2005 pour l'excellent Asiles de fous. Reste maintenant à savoir ce que pense de tout cela la mère de Claire Castillon, à qui est dédicacé le livre. Encore un cadeau empoisonné?
Une cibiche, ça n'engage à rien, me chante Berthe Silva depuis que je suis enfant dans mon berceau, sur le chemin de l'école, sur le chemin des garçons. Alors ça fait longtemps que les fumeurs ont trouvé grâce à mes yeux.
"C'est bon et ça vous laisse un goût presque louche, de sang, d'amour et de dégoût dans la bouche", disait la rengaine ; avant même que j'approche une bouche de fumeur, je savais que ce serait une violence, pas une détente ou plutôt pas n'importe laquelle.
Je n'aime pas les fumistes, ça non, mais du coup j'aime les hommes qui fument, surtout si c'est du cerveau.
Je trouve, hélas, que les fumeurs de cigarettes manquent d'assurance, ils sont un peu mal dans leur peau, et comment faire pour s'épanouir accompagnée d'une peau qui ne sent plus la peau mais la cleupo.
Comment s'y retrouver entre les crayons, la gomme et les mégots.
Je n'aime pas les hommes qui fument et pourtant j'aime parfois un homme qui fume. Je pense à lui. Et lui, je trouve qu'en fumeur il fait un tabac.
Il est encore plus à mon goût quand il me roule des cigarettes avec ses doigts. J'aime qu'il me les roule pour ne pas les fumer, autant de durée de vie gagnée. J'aime qu'il me roule pour ne pas laisser filer, autant de temps béni, volé.
J'aime quand cet homme me consume. Si je me fie toujours à la chanson, il paraît que l'âme de l'homme "s'en ira moins farouche de la fumée qui sortira de (sa) bouche."
Alors je vais me placer juste devant et attendre.
Peut-être y'aura t'il homme qui vit.
Claire Castillon dans "le Figaro magazine" (mars 2005)
de Nicolas Rey
Nous ne verrons pas le genou de Claire. Dommage. Nous
ne verrons pas son corps non plus. Qu'importe on
imagine ce corps superbe. Claire a refusé de poser nue
sur le grand lit du Général, un hôel à la classe
utltime. Comment est ce possible, la réussite d'une
décoration à ce point ? Cette harmonie de nuances ?
Comment est ce possible cette élégance discrète ?
Comment est ce possible, une telle sobriété
chaleureuse ?
Et cette suite sur les toits de Paris,
existe t'elle vraiment ?
Claire Castillon vient de
publier un très bon roman sauvagement intitulé
Pourquoi tu m'aimes pas ?. Pourquoi tu m'aimes pas. La
grande question. Il n'y a rien à comprendre, je ne
t'aime plus. Et pourquoi ?
L'affaire commence vivement. Un enfant raconte ses
parents. L'affreuseté de ce couple. L'habitude. Le
dégout de l'autre. la haine au quotidien. Récit d'un
voyage à Venise par exemple. A vous écoeurer de cette
ville qualifiée par certains de romantique : « Elle
(la mère ) aurait voulu que mon père lui prenne la
main sur la gondole, se mette à genoux et lui demande
en Italien de l'épouser encore. Il avait d'abord
appris l'allemand puis l'anglais.
Tout ce qu'on aurait comme souvenirs, ce serait ma
mère dans son éternel renard, sinistre comme un jour
sans fin, et mon père qui passait les commandes dans
la trattoria en prononçant à l'allemande des r qui
faisiant rougir ma mère. »
Claire se fait photographier par Benoît, un type assez
beau. En ce moment Claire n'est pas amoureuse mais ses
jambes sont encore bronzées. Elle porte des sabots et
du rose boa sur les ongles de ses peids. C'est une
fille charmante. D'ailleurs tu trouves que les gens
qui aiment Claire sont tous formidables (Raphaële
Galaup, Laure et Jean-Christophe Buisson, par
exemple).
En revanche, beaucoup de gens n'aiment pas le livre de
Claire Castillon, sans en avoir lu une seule ligne.
Pourquoi ne l'aime t'on pas ? Parce qu'on ne lui
pardonne guère d'avoir fait la Une de l'hebdomadaire
Voici avec PPDA. La littérature, pensez donc, c'est
sérieux ! Il faut être laid pour écrire en France. Il
faut détester faire l'amour dans de beaux hôtels si
l'on veut être considéré comme un véritable écrivain.
Claire possède un beau visage. Son visage ne joue pas
forcément en sa faveur. Ce matin, la jeune fille s'est
promenée au jardin du Luxembourg avec Bernard
Desportes, un type dont tu ne connais pas les livres.
Elle en parle bien. Elle le raconte avec la voix qui
tremble et les yeux qui brillent. Tu devrais peut être
rencontrer Bernard Desportes. Il semble connaître tout
un tas de trucs sur l'existence et sur la relation
amoureuse. Ce matin, il a déclaré à Claire : « Dans un
couple, il ne faut pas demander à l'autre de dire ce
qu'il n'a pas dit. »
Si tout le monde faisait attention à cette simple
phrase, la ville ne serait plus cet immense cimetièreà divorce.
Quoi d'autre ? Claire écrit en pyjama. Claire semble
moins fillette et candide qu'avant. La vie commence à
lui passer dessus. Ensuite, le cour passe en hiver. Le
bon côté d'un moral sans fond est qu'on écrit beaucoup
mieux que sur son petit nuage. Avec des passages assez
surprenants : « Très tôt, j'ai admiré les menteurs.
Avec un attachement particulier pour les menteurs
violents. Ceux qui jurent n'importe quoi sur la tête
de leurs enfants une tendresse particulière pour les
menteurs venimeux, ceux qui disent à la femme qu'ils
aiment, regarde toi dans la glace, regarde comme tu es
monstrueuse quand tu ne me crois pas. » Castillon
semble avoir admiré beaucoup.
Depuis quelque temps,
elle préfère écrire. Ecrire pour être seule pour de
bonnes raisons. Ecrire avec son chien
Un vrai chien. Un labrador. Les labradors racontent
rarement des bêtises. Ecrire pour trouver un début de
vérité parmi les mensonges toujours aussi nombreux.
Un grand merci à Alexandra pour cet article.
Alexandra est l'éditrice de l'excellent site de Nicolas Rey
